Seconde République 1848-1852
Le 23 février 1848, une nouvelle révolution éclate à Paris ; Louis-Philippe abdique et quitte la France.
La IIe République est proclamée. Le suffrage universel est institué. La devise de la France devient : « Liberté, égalité, fraternité ». L’esclavage est aboli.
Le ministre Carnot chargé de l'Instruction publique et des cultes lance un certain nombre de circulaires.
Dans celle du 27 février, il écrit : la condition des instituteurs primaires est un des objets principaux de ma sollicitude... Il n'importe pas seulement d'élever leur condition par une juste augmentation de leurs appointements, il faut que la dignité de leurs fonctions soit rehaussée de toutes manières ; il faut qu'au lieu de s'en tenir à l'instruction qu'ils ont reçue dans les écoles normales primaires, ils soient constamment sollicités à l'accroître...
Il convie les instituteurs publics à participer de façon active et républicaine aux élections prochaines.
Dans son projet, l’enseignement primaire serait obligatoire pour les enfants des deux sexes ; elle serait gratuite dans les écoles primaires publiques. L’enseignement religieux serait donné par les ministres des différents cultes. Les instituteurs seraient nommés par le ministre de l’Instruction publique et leur traitement serait d’au moins 600 francs.
Extrait de la circulaire d'Hippolyte Carnot aux recteurs, le 6 mars 1848.
"il n'est aucune partie de l'instruction primaire qui ait été plus négligée, sous les précédents gouvernements, que la formation des enfants comme citoyens. Cela devait être. Mais c'est une négligence dont il est à craindre, si nous n'y prenons garde, que nous ne supportions aujourd'hui le dommage...
Il ne faut pas nous le dissimuler : beaucoup de citoyens, surtout des campagnes, ne sont pas suffisamment instruits de leurs droits, et par conséquent de leurs devoirs. Ils ne savent pas quels sont les bienfaits que le peuple doit attendre de l'Etat républicain, et, par conséquent, combien peu il leur est permis d'être indifférents au choix des hommes qui, dans quelques jours, vont revêtir le caractère auguste de mandataires de la nation. Ils commettraient un mensonge politique si leurs représentants ne les représentaient pas véritablement.
Je manquerais à mes devoirs, si je ne me préoccupais moi-même des moyens de remédier aussi promptement que possible à ce grand défaut...
La plus grande erreur contre laquelle il faille prémunir les populations de nos campagnes, c'est que, pour être représentant, il soit nécessaire d'avoir de l'éducation ou de la fortune...
...Que nos 36000 instituteurs primaire se lèvent donc à mon appel pour se faire immédiatement les réparateurs de l'instruction publique devant la population des campagnes. Puisse ma voix les toucher jusque dans nos derniers villages. Je les prie de continuer pour leur part à fonder la République! Il ne s'agit pas, comme au temps de nos pères, de la défendre contre le danger de la frontière ; il faut la défendre contre l'ignorance et le mensonge, et c'est à eux qu'appartient cette tâche..."
Adolphe Thiers dit :
"Si la loi de M. Carnot m'a tant effrayé, ce n'est pas pour avoir diminué les précautions pour l'admission dans l'enseignement, ou pour avoir encore exclu le clergé de la surveillance ; j'y ai vu quelque chose de bien plus funeste encore, c'est l'introduction de 37000 socialistes et communistes, véritables anticurés dans les communes."
Mais suite aux journées de juin 1848, devant la violente réaction des classes possédantes, Carnot doit démissionner. Les instituteurs publics sont accusés de favoriser la remise en cause de l'ordre social.
Le premier scrutin présidentiel est organisé le 10 décembre 1848. Le prince Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, est élu.
Dès son entrée en fonctions comme président, il choisit comme ministre de l’Instruction publique M. de Falloux qui l’avait soutenu.
A l'approche des élections pour la Législative, en 1849, les instituteurs sont toujours sollicités par les socialistes. Malgré tout, l’Assemblée législative est composée d’une écrasante majorité de monarchistes hostiles à la République. Maintenu dans le second ministère, Falloux travaille avec ardeur à sa nouvelle loi qui portera son nom.
Ce que cherche Falloux et ses amis, c’est briser le monopole universitaire, au nom de la liberté et ruiner les progrès réalisés par l’enseignement primaire sous la Monarchie de juillet.
Les conférences d'instituteurs sont suspendues provisoirement par le ministre qui les menace de sanctions s'ils s'obstinent à se mêler de politique.
Falloux dépose son projet de loi remaniant de fond en comble l'organisation de l'instruction publique ; C'est sous le ministère de Parieu que le projet va devenir la loi Falloux du 15 mars 1850. Elle permet au clergé de s’approprier l’enseignement primaire par la soumission directe et par la concurrence.
Pour ruiner l’enseignement public au profit de l’enseignement que l’on a appelé plus tard « libre », on autorise les conseils municipaux à faire tenir l’école par des religieux desquels nul brevet de capacité n’est exigé.
Désormais, l’instituteur public doit enseigner la religion, conduire les élèves aux offices et donner l’exemple de la dévotion. L’instituteur est sous la coupe du Conseil municipal et du curé.
Avant la discussion de la loi organique de l'enseignement, le ministre Parieu fait voter une loi d'exception pour une durée de six mois. Le but de cette loi est de permettre au gouvernement de faire révoquer par ses préfets les instituteurs républicains, que la droite accuse d'être des agents de désordre et d'immoralité, ces conspirateur de bas étage, ces affreux petits démagogues, comme les appelle Montalembert.
Parieu rappelle aux préfets, les instituteurs ne sont pas destinés à jouer un rôle politique. Vous n'avez point de service de cette nature à leur demander, mais vous ne devez pas tolérer qu’ils prennent jamais une attitude hostile au gouvernement qui les institue.
De Falloux explique :
«L'instruction est demeurée trop isolée de l'éducation ; l'éducation est demeurée trop isolée de la religion. Le temps n'est plus, grâce à Dieu, où l'on faisait à la religion l'insulte de croire que, complice de l'ignorance, elle servait d'instrument docile à tous les gouvernements. Nous voulons que la religion ne soit imposée à personne, mais enseignée à tous… Mais pour que la religion communique à l'éducation sa puissance, il faut que tout y concoure à la fois, et l'enseignement, et le maître. C'est le but que nous avons tâché d'atteindre autant qu'on peut le faire par des mesures législatives, en confiant au curé ou au pasteur la surveillance morale de l'école primaire. »
Vers le bonheur par l'école laïque, de Pierre Dubois, Librairie Gédalge.
mon arrière grand-père, qui exerçait encore à quatre-vingts ans, il fut tout simplement révoqué et traîné en prison malgré son grand âge. Il était accusé d'avoir fait de la propagande républicaine.
LE CHARIVARI du 25 janvier 1850.
"Nouvelle loi sur l'enseignement : - Ce sont les instituteurs qui reçoivent la férule."
De Charles Vernier
Louis Napoléon dissout l’Assemblée nationale par le coup d'état du 2 décembre 1851.
Un plébiscite, les 21 et 22 décembre, approuve le fait accompli à une écrasante majorité.
Un autre plébiscite, les 21 et 22 novembre 1852, met fin à la République par un vote massif.