Révolution 1789-1799
La Constituante
La Révolution commence symboliquement par la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.
Elle met fin à tous les privilèges de la noblesse et de nombreux droits féodaux.
L’Assemblée Constituante vote la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, met en place les municipalités, crée les départements, unifie le système des poids et mesures.
Elle transfère aux autorités administratives les pouvoirs de l’église sur l’école.
Elle proclame qu’il y a deux sortes d’instruction, l’une nécessaire à tous, c’est l’instruction élémentaire, et l’autre, qu’on peut aborder qu’à condition de posséder l’instruction élémentaire, et qui est seulement utile.
Il sera créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables à tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume ; il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre tous les citoyens et les attacher à la Constitution, à la patrie et aux lois.
Talleyrand présente son plan sur l’instruction publique.
« Chaque administration de département déterminera le nombre des écoles primaires de son arrondissement, sur la demande des municipalités, présentée par les directoires des districts. Il sera établi à Paris une école primaire par section ; les écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfants de tous les citoyens, sans distinction. »
« La nation, offre à tous le grand bienfait de l’instruction, mais ne l’impose à personne. Elle sait que chaque famille est aussi une école primaire, dont le père est le chef. Elle respecte ces éternelles convenances de la nature qui, mettant sous la sauvegarde de la tendresse paternelle le bonheur des enfants, laisse au père le soin de prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu’au moment où, soumis à des devoirs personnels, ils ont le droit de se décider eux-mêmes. »
Il ne suffit pas malheureusement de mettre les écoles à la charge de l’Etat pour que toutes les communes en demandent, et de les rendre gratuites pour que tous les parents y envoient leurs enfants.
La lecture du rapport de Talleyrand est achevée le 19 septembre 1791, mais il n’est pas discuter suite à l’installation de la nouvelle assemblée législative. Dans la séance du 26 septembre, on se borne à décréter que le rapport serait imprimé et distribué aux membres de la législature suivante.
La Constitution est adoptée en septembre 1791.
Le Directoire
Un nouveau régime est établi en 1795, le Directoire ainsi nommé parce que le pouvoir est assuré par cinq directeurs. On veut oublier la guillotine et se distraire mais la période reste instable.
Le franc devient l'unité monétaire légale.
Le directoire arrête, le 27 brumaire an VI (17 novembre 1797) qu’un état nominatif des élèves qui fréquentent les écoles publiques, soit adressé tous les trois mois au ministre de l’intérieur par les administrations centrales.
Un arrêté du 17 pluviôse an VI (5 février 1798), prescrit une surveillance spéciale à l’égard des maisons particulières d’éducation. Ces écoles font une concurrence des plus vives aux écoles nationales, et l’esprit de leur enseignement est hostile aux instituteurs républicains. Cette surveillance devient plus nécessaire que jamais pour arrêter le progrès des principes funestes qu’une foule d’instituteurs privés s’efforcent d’inspirer à leurs élèves, et que le gouvernement ne doit négliger aucun des moyens qui sont en son pouvoir pour faire fleurir et prospérer l’instruction républicaine. En conséquence, les administrations municipales de canton devront visiter, au moins une fois par mois les écoles particulières afin de constater : si les maîtres particuliers ont soin de mettre entre les mains de leurs élèves, les droits de l’homme, la constitution, et les livres élémentaires qui ont été adoptés par la Convention, si l’on observe les décadis … Elles pourront prendre les mesures qu’elles jugeront nécessaire pour arrêter ou prévenir les abus, même en ordonnant la suspension ou clôture des écoles.
La Convention
Au nom du Comité d’instruction publique, Lanthéas présente un rapport sur l’organisation des écoles primaires, basé sur celui de Condorcet, le 18 décembre 1792. Le débat est ajourné à cause du procès du roi.
Louis XVI est décapité, le 21 janvier 1793.
Le 6 avril 1793 est institué un Comité de salut public.
Après le soulèvement du 31 mai 1793 du peuple de Paris contre les chefs du parti girondin et l’arrestation le 2 juin de députés girondins, l’axe majoritaire dans la Convention passe du parti de la Gironde, qui a eu jusqu’alors la haute main dans le Comité d’instruction publique, aux Montagnards, devenus les maîtres.
Le 23 juin 1793 une nouvelle constitution est votée.
Le 27 juin 1793, une loi fonde la protection de l'enfance : la nation prend désormais en charge les enfants abandonnés appelés "orphelins".
Sur la proposition de Lakanal, l’Assemblée établit le 13 juin 1793 un concours pour la composition des livres élémentaires destinés à l’instruction publique. Ce décret n’aura pas d’exécution.
Le 26 juin, Lakanal présente au nom du Comité un projet de décret pour l’établissement de l’instruction nationale, préparé par Sieyès et Daunou. (Le parti qui domina d’abord au Comité d’instruction publique, ce n’est pas la Montagne, c’est le centre ou la Plaine, représenté par ses deux personnalités les plus remarquables, l’abbé Sieyès et l’ancien oratorien Daunou) Ce projet ne ressemble guère aux conceptions de Talleyrand et de Condorcet. Il établit d’abord des écoles nationales, dirigées par des institutrices, pour les enfants des deux sexes, et dans lesquelles on n’enseigne que les premiers éléments de la lecture et de l’écriture. Après ce premier enseignement, les garçons passent dans les mains de l’instituteur, qui achève de les perfectionner dans la lecture et l’écriture, leur enseigne les règles de l’arithmétique, l’art de se servir des dictionnaires, et les premières connaissances de géométrie, de physique, de géographie, de morale et d’ordre social. Si l’on ajoute à cela des exercices militaires, de l’hygiène, quelques visites dans les manufactures, quelques travaux manuels pour les garçons, la couture pour les filles, on aura à peu près tout l’ensemble de l’éducation proposée par Lakanal. « La nation accordera aux enfants peu fortunés qui auront montré dans les écoles nationales le plus de dispositions pour les sciences, lettres et arts, des secours particuliers qui les mettent à portée d’acquérir des connaissances supérieures et des talents dans les écoles particulières, auprès des professeurs libres. » Ce projet met sur le même rang l’enseignement des filles et des garçons, mais abandonne l’enseignement supérieur au privé.
Il est écarté comme insuffisant.
Le 3 juillet, devant les critiques auxquelles le Comité d’instruction est en butte, six commissaires (dont Robespierre) sont chargés de présenter un plan d’éducation nationale. L’initiative de présenter un plan est donc enlevée au Comité d’instruction publique et confiée à des hommes nouveaux.
Le 13 juillet, Robespierre fait la lecture à la tribune de la Convention, du plan d'éducation commune rédigé par Michel LePelletier, assassiné quelques mois plus tôt. Bien que LePelletier ne fit pas partie du Comité d’instruction publique, il se préoccupa de la question de l’éducation nationale.
« Je demande que vous décrétiez que depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze ans pour les garçons, et jusqu’à onze pour les filles, tous les enfants sans distinction et sans exception, seront élevés en commun, aux dépens de la république, et que tous, sous la sainte loi de l’égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins. » Utopique, ce plan a le mérite de souligner l’inégalité qui subsiste entre les enfants malgré la gratuité, par la nécessité où sont les enfants les plus pauvres de gagner promptement un salaire.
Projet de décret sur l'organisation des écoles primaires, présenté le 18 décembre 1892 à la Convention Nationale, par F.Lanthenas : (premier projet du Comité d'Instruction publique, qui reproduisait dans ses traits essentiels le plan proposé par Condorcet à la Législative)
Titre I, Article premier : Les écoles primaires formeront le premier degré d'instruction. On y enseignera les connoissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l'enseignement dans ces écoles, s'appelleront Instituteurs.
Art.2 : Dans les écoles on apprendra à lire et à écrire. On y enseignera les règles de l'arithmétique et les premières connoissances morales, naturelles et économiques...
Art.3 : L'enseignement des écoles primaires sera partagé en quatre divisions, que les élèves parcourront successivement.
Art. 6 : L'enseignement devant être commun à tous les citoyens sans distinction de culte, tout ce qui concerne les cultes religieux ne sera enseigné que dans les temples...
Titre II, article premier : Il y aura une école primaire dans tous les lieux qui ont depuis quatre cents habitants...
Titre IV, article premier : Les appointements des instituteurs varieront à raison de la population...
Art. 2 :Dans les lieux au-dessous de quinze cents habitants, chaque instituteur recevra 600 livres...
Art.XIII : Les instituteurs des écoles primaires seront logés aux frais des communes, et, autant que faire se pourra, dans le lieu même des écoles.
Alphabet constitutionnel, rédigé à la portée des enfans, de l'un et l'autre sexe, pour leur apprendre à lire en peu de temps, et les élever dans les principes de la nouvelle Constitution. Pour Dieu et la Patrie. L'an quatrième de la Liberté, et le premier de l'Egalité.(1792)
Tableau d’Enseignement par les yeux, Hachette & Cie Paris : Histoire de France, La Révolution française – Première séance des Etats généraux (5 mai 1789)
Plan Talleyrand
Programme dans les écoles primaires:
Développement des facultés intellectuelles :
On enseignera aux enfants : 1° à lire tant dans les livres imprimés que dans les manuscrits ; 2° à écrire, et les exemples d’écriture rappelleront leurs droits et leurs devoirs ; 3° les premiers éléments de la langue française, soit parlée, soit écrite ; 4° les règles de l’arithmétique simple ; 5° les éléments du toisé ; 6° les noms des villages du canton, ceux du canton, des districts et des villes du département ; ceux des villes hors du département avec lesquelles leur pays a des relations plus habituelles.
Développement des facultés morales :
On enseignera aux enfants : 1° les principes de la religion ; 2° les premiers éléments de la morale, en s’attachant surtout à faire connaître les rapports de l’homme avec ses semblables ; 3° on leur donnera des instructions simples et claires sur les devoirs communs à tous les citoyens et sur les lois qu’il est indispensable à tous de connaître ; 4° des exemples d’actions vertueuses qui les toucheront de plus près, et, avec le nom du citoyen vertueux, celui du pays qui l’a vu naître.
Développement des facultés physiques :
Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux enfants les principes du dessin géométral. Pendant les récréations, on les exercera à des jeux propres à fortifier et à développer le corps.
La Législative
Il est confié, le 14 octobre 1791, le soin d’élaborer les réformes scolaires à un Comité d'instruction publique.
Le 20 et 21 avril 1792, Condorcet présente à l'Assemblée législative un rapport et un projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique.
Il est d’accord avec Talleyrand sur un grand nombre de points et sur les principes généraux. Il veut, comme lui, donner à tous l’instruction indispensable et une instruction plus étendue à tous ceux qui ont une capacité exceptionnelle. Talleyrand aurait voulu rendre l’organisation de l’instruction publique indépendante du pouvoir central et regrettait de ne pouvoir le faire ; Condorcet le veut et le fait.
« La première condition de toute instruction étant, dit-il, de n’enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu’il est possible de toute autorité politique ; et comme néanmoins cette indépendance ne peut être absolue, il résulte du même principe qu’il faut ne les rendre dépendants que de l’assemblée des représentants du peuple, parce que de tous les pouvoirs il est le moins corruptible, le plus éloigné d’être entraîné par des intérêts particuliers, le plus soumis à l’influence de l’opinion générale des hommes éclairés, et surtout parce qu’étant celui de qui émanent essentiellement tous les changements, il est dès lors le moins ennemi du progrès des lumières, le moins opposé aux améliorations que ce progrès doit amener. »
Pas plus que Talleyrand, Condorcet ne songe à établir l’instruction primaire obligatoire ; il se borne comme son prédécesseur à la vouloir gratuite et universelle ; mais au lieu de compter pour l’universalité sur l’initiative des communes, il y pourvoit par une prescription formelle.
« Toute collection de maisons renfermant quatre cents habitants aura une école et un maître. Il y aura également une école primaire dans tous les arrondissements où se trouveront des villages éloignés de plus de mille toises d’un endroit qui renferme quatre cents habitants. »
Le plan Condorcet a le même sort que celui de Talleyrand. Il ne peut être voté, ni même discuté par une assemblée agonisante.
Rouget de Lisle chante sa Marseillaise.
Le jour de la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792, l'Assemblée législative, avant de se séparer, laïcise l'état-civil, institue le mariage républicain et le divorce. Toute personne devient majeur à 21 ans au lieu de 25 ans en vigueur durant tout l'Ancien Régime.
Le lendemain l’Assemblée prend le nom de « Convention ». Elle abolie la monarchie et proclame la République le 22 septembre 1792 (l'an I du calendrier républicain).
Rapport et projet de décret sur l'organisation des écoles primaires présentés à la Convention nationale par Lanthenas
Décret Bouquier relatif à l'organisation de l'instruction publique du 29 frimaire an II
Décret de la Convention nationale du 13 juin 1793, relatif à l'ouverture d'un concours, pour la composition des livres élémentaires destinés à l'enseignement national.
Le 5 septembre 1793, le régime dictatorial de « la Terreur » est instauré.
Le calendrier républicain conçu par Romme et Fabre d'Eglantine est mis en place. Il sera abandonné en 1805.
Le 15 septembre, pour départager la Commission des six, la Convention décide d’adjoindre trois autres membres dont Romme.
La Convention vote, en brumaire an II (octobre 1793), divers décrets sur les écoles nationales présentés par Romme au nom de la Commission d’éducation nationale, constituant pour la première fois une législation de l’instruction primaire. Suite au discours de Chénier qui n’est plus membre du Comité d’instruction, la révision des décrets est décidée. Romme, de nouveau choisi comme rapporteur par le Comité d’instruction (Lakanal étant en mission à Bergerac), fait lecture de la révision faite par le comité. La commission nommée par le Comité de salut public, la rejette en bloc et présente un nouveau projet. Le plan Bouquier est adopté le 29 frimaire an II (19 décembre 1793). Il proclame la liberté d'enseignement. L'instruction est gratuite et obligatoire. Les instituteurs, fonctionnaires publics, sont salariés par la République à raison du nombre d’élèves. Le programme de l’enseignement primaire se réduit à la lecture, à l’écriture, et aux premières règles de l’arithmétique.
L’instruction sur l’exécution de la loi ne sera jamais établie.
La liberté de l’enseignement c’est le droit laissé au prêtre d’exercer les fonctions d’instituteur ; le projet Romme, frappant d’ostracisme les ministres des cultes, excluait par là même la religion de l’école ; la loi Bouquier, au contraire, reste silencieuse sur ce point.
Le 4 pluviôse an II (23 janvier 1794), Grégoire, au nom du Comité, présente un rapport sur un concours à ouvrir pour la composition des livres élémentaires. Un jury est composé en messidor. L’examen des divers manuscrits envoyés prit un temps considérable et se termina quand la Convention n’était plus là ; ce furent les Conseils législatifs institués par la Constitution de l’an III qui eurent à se prononcer. Sept ouvrages sont couronnés : Les Eléments de grammaire française par Lhomond, la Grammaire élémentaire et mécanique par Panckoucke, des Eléments d’arithmétique avec des observations pour les instituteurs, les Eléments d’histoire naturelle par Millin, les Principes de la morale républicaine par La Chabeaussière, le Portefeuille des enfants par Duchesne et Le Blond et l’Art de la natation par Turquin et Deligny.
Le 8 pluviôse (27 janvier 1794), Barère fait, au nom du Comité de salut public, un rapport sur les idiomes étrangers et l’enseignement de la langue française dont le décret est adopté sans discussion. « Nous enseignerons le français, dit-il, aux populations qui parlent le bas-breton, l’allemand, l’italien ou le basque, afin de les mettre en état de comprendre les lois républicaines, et de les rattacher à la cause de la Révolution. »
Décret relatif à l’établissement d’instituteurs de langue française dans plusieurs départements.
8 pluviôse an II (27 janvier 1794)
Art.1er.- Il sera établi, dans les dix jours, à compter du jour de la publication du présent décret, un instituteur de langue française dans chaque commune de campagne des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord, et dans la partie de la Loire-inférieure dont les habitants parlent l’idiome appelé bas-breton.
Art. 2.- Il sera procédé à la même nomination d’un instituteur de langue française dans les communes des campagnes des départements du Haut et Bas-Rhin, dans le département de Corse, dans la partie du département de la Moselle, du département du Nord, du Mont-Terrible, des Alpes-Maritimes, et des Basses-Pyrénées, dont les habitants parlent des idiomes étrangers.
Art. 3.- Il ne pourra être choisi aucun instituteur parmi les ministres d’un culte quelconque, ni parmi ceux qui auront appartenu à des castes ci-devant privilégiées ; ils seront nommés par les représentants du peuple, sur l’indication faite par les sociétés populaires.
Art. 4.- Ils seront tenus d’enseigner tous les jours la langue française et la déclaration des droits de l’homme à tous les jeunes citoyens des deux sexes, que les pères , mères et tuteurs sont obligés d’envoyer dans les écoles publiques.
Les jours de décade, ils donneront lecture au peuple et traduiront vocalement les lois de la république, en préférant celles qui sont analogues à l’agriculture et aux droits des citoyens.
Art. 5.- Les instituteurs recevront du trésor public un traitement de 1500 livres par an, payable à la fin de chaque mois à la caisse du district, sur certificat de résidence donné par la municipalité, d’assiduité et de zèle à leurs fonctions, donné par l’agent national près chaque commune.
Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), la chute de Robespierre met fin à la Terreur.
Un grand changement se fait dans la Convention. Il se constitue à nouveau un côté droit, où s’assoient avec les amis des Girondins, les thermidoriens (les déserteurs de la Montagne). Le centre qui avait suivi docilement Robespierre fait désormais cause commune avec la droite.
La France manque de maîtres, et il faut en créer avant tout, si l’on veut créer des écoles. La première Ecole Normale française ouvre à Strasbourg, en 1794. Elle ferme à la fin de la même année. Sur l'initiative de Lakanal est créée l'Ecole Normale de Paris. La séance d’ouverture a lieu le 1er pluviôse an III (20 janvier 1795). Les cours professés par de grands hommes, Laplace, Lagrange, Monge, Daubenton, Berthollet, Buache, Bernardin de Saint-pierre,.., durent quatre mois. Mal organisée, son but n’ayant pas été atteint, elle est fermée le 18 mai 1795.
Le 27 brumaire an III (17 novembre 1794) Lakanal fait adopter par la Convention une nouvelle loi. C’est l’ancien projet Sieyès-Daunou-Lakanal qui est repris et débattu. Si la loi de Bouquier avait été ramenée à exécution, explique Lakanal, elle aurait jeté la République dans des dépenses plus considérables. L'instruction reste gratuite mais non obligatoire. Il est décidé d'ouvrir une école publique pour mille habitants mais aussi d'autoriser de fonder des écoles particulières (privées). Les presbytères non vendus sont mis à la disposition de la municipalité, pour servir tant au logement de l’instituteur qu’à recevoir les élèves pendant la durée des leçons. Chaque école est divisée en deux sections, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles ; en conséquence, il y a un instituteur et une institutrice qui sont fonctionnaires publics.
Une commission de onze membres est chargée par la Convention de préparer les lois organiques de la constitution. Celle-ci met de côté la constitution de 1793 qu’elle a pourtant pour mission d’appliquer. Elle lui substitue la constitution de l’an III qui est adoptée le 5 fructidor an III. L’œuvre des législateurs montagnards est ainsi écartée.
La commission des Onze ne respecte pas davantage les décrets votés et demande à Daunou de rédiger un nouveau projet d’organisation de l’instruction publique en se concertant avec le Comité d’instruction publique.
Le 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), la loi Daunou organise pour un moment les écoles primaires.
Elle confie son organisation aux communes qui doivent fournir aux instituteurs un local, tant pour leur servir de logement que pour recevoir les élèves et un jardin. Les instituteurs sont examinés par l’un des jurys d’instruction, et, sur la présentation des administrations municipales, ils sont nommés par les administrations de département. La loi assure la liberté de créer des établissements privés. L'instruction n'est plus gratuite, ni obligatoire. Les instituteurs ne sont plus salariés de la République mais reçoivent de chacun de leurs élèves une rétribution annuelle. L’administration municipale peut exempter de cette rétribution un quart des élèves de chaque école primaire, pour cause d’indigence. Le programme d'enseignement est restreint ; on enseignera à lire, à écrire, à calculer, et les éléments de la morale républicaine.
Le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), la Convention se sépare.
« Je conçois dans l’espèce humaine deux sortes d’inégalité : l’une que j’appelle naturelle ou physique, parce qu’elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’esprit ou du corps ; l’autre qu’on peut appeler inégalité morale ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention, et qu’elle est établie ou du moins autorisée par le consentement des hommes. » Condorcet
« Ceux qui veulent que le paysan ne sache ni lire ni écrire se sont fait sans doute un patrimoine de son ignorance, et leurs motifs ne sont pas difficiles à apprécier. Mais ils ne savent pas que lorsqu’on fait de l’homme une bête brute, l’on s’expose à le voir à chaque instant se transformer en bête féroce. Sans lumières, point de morale. Mais à qui importe-t-il donc de les répandre, si ce n’est au riche ? La sauvegarde de ses jouissances, n’est-ce pas la morale du pauvre ? » (Mirabeau, discours sur l’éducation nationale)
Lois Lakanal
Loi relative aux écoles primaires du 27 brumaire an III et loi relative à l'établissement des écoles normales du 9 brumaire an III.
Affiche : arrêté du Directoire exécutif, concernant la surveillance des écoles particulières, maisons d'éducation et pensionnats, du 17 pluviôse an VI de la république française, une et indivisible
Etat des élèves qui ont fréquenté les écoles primaires de la commune de la houssaye bérenger pendant le trimestre de vendémiaire an 8.
Le Comité d'Instruction publique est constitué de 24 membres (ils seront 16 à partir d'août 1794). Parmi ceux-ci, à la Législative, on peut citer Condorcet et Carnot, à la Convention : Romme, Lanthenas, Daunou, Lakanal, Sieyès, Grégoire puis Bouquier, Fabre d'Eglantine et Fourcroy.
Le comité prend fin le 4 brumaire an IV.
Fêtes nationales an VIII
Rapport du jury d'instruction publique de Rouen dans sa séance du 3 nivôse an 5, reconnaissant que le sieur Toutain demandant la place d'instituteur de la Houssaie Bérenger a les connaissances requises.