Restauration 1814-1830
Louis XVIII (1814-1824)
C’est la Bérézina. Battu à Leipzig, Napoléon abdique le 6 avril 1814.
Frère de Louis XVI, Louis XVIII est proclamé « roi des Français ». Il remet en vigueur les usages de l’Ancien Régime. Une Charte constitutionnelle est établie lui donnant le pouvoir exécutif.
En 1815, retour de Napoléon1er pendant la période des « Cent-jours ». Après la défaite de Waterloo, l’Empereur abdique de nouveau. Louis XVIII qui avait fui, revient le 8 juillet 1815. La seconde Restauration commence.
Louis XVIII confirme Fontanes, devenu hostile à Napoléon, dans les fonctions de grand-maître de l’Université.
Fontanes rappelle aux recteurs que l’enseignement, qui développe les facultés de l’esprit, serait plus funeste qu’utile, si l’éducation, en même temps, ne perfectionnait les sentiments et les mœurs. Il n’est qu’un moyen sûr de les régler : c’est de les mettre sous l’empire de la religion.
Le parti des "ultras" qui sont des monarchistes radicaux, demande la destruction totale de l'Université et veut remettre entièrement l'éducation publique entre les mains de l'église.
Pendant les Cent-jours, Carnot fait un rapport à l’Empereur, en date du 27 avril 1814 : « il y a en France, dit-il, deux millions d’enfants qui réclament l’éducation primaire, et, sur ces deux millions, les uns en reçoivent une très imparfaite, tandis que les autres en sont complètement privés ».
Après avoir exposé l’état déplorable de l’enseignement primaire, il recommande fortement la méthode de l’enseignement mutuel, préconisée par Bell et Lancaster, et que les libéraux regardent alors comme l’unique moyen de salut. Une école est fondée dans la vieille église Saint-Jean-de-Beauvais, et compte trois cents élèves.
10. Tout particulier qui désirera se vouer aux fonctions d’instituteur primaire, devra présenter au Recteur de son Académie un certificat de bonne conduite, des Curés et Maires de la commune... Il sera ensuite examiné par un Inspecteur d’Académie, ou par tel autre fonctionnaire de l’Instruction publique que le Recteur déléguera et recevra, s’il en est digne, un brevet de capacité délivré du Recteur.
11. Les brevets de capacité seront de trois degrés :
Le troisième degré, ou le degré inférieur, sera accordé à ceux qui savent suffisamment lire, écrire et chiffrer pour en donner des leçons ;
Le deuxième degré, à ceux qui possèdent bien l’orthographe, la calligraphie et le calcul, et qui sont en état de donner un enseignement simultané analogue à celui des Frères des Ecoles chrétiennes ;
Le premier degré, ou supérieur, à ceux qui possèdent, par principes la grammaire française et l’arithmétique, et sont en état de donner des notions de géographie, d’arpentage et des autres connaissances utiles dans l'enseignement primaire.
Charles X (1824-1830)
Charles X succède à son frère Louis XVIII. Très attaché à l’Ancien Régime, il est proche des « ultras ».
Le cabinet Villèle reste aux affaires, avec Mgr Frayssinous comme ministre des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique. Rien ne change d'abord.
Les élections générales de novembre 1827 donnent la majorité aux libéraux, et le cabinet Villèle est remplacé par le cabinet Martignac le 4 janvier 1828.
L’industrie métallurgique et mécanique se développe. Les enfants travaillent parfois dès l’âge de 5 ans.
Le 10 février 1828, l'instruction publique ne relève plus du ministère des affaires ecclésiastiques qui reste confié à Mgr Frayssinous, mais est dirigée par un ministre, M. de Vatimesnil, qui exerce les fonctions de grand-maître de l'Université.
L'Université échappant à l'église, celle-ci change de tactique en lançant un nouveau mot d'ordre : la liberté de l'enseignement.
Le nouveau ministre de l'instruction publique a une attitude très différente de celle sur laquelle on avait compté. Tout en demeurant fidèle à la cause de la religion et de la royauté, il s'associe franchement aux mesures libérales proposées par ses collègues, parce qu'il y voit le seul moyen de sauver la monarchie ébranlée.
Son premier acte fut d'abroger l'ordonnance du 8 avril 1824, qui avait placé les écoles primaires sous l'autorité directe des évêques, et de remettre en vigueur les ordonnances des 29 février 1816 et 2 août 1820, dont l'esprit était plus libéral. Mais, dans le rapport au roi qui contient l'exposé des motifs de cette mesure, pour la faire plus facilement accepter de Charles X, il la présente plutôt comme un acte destiné à corriger l'ordonnance de 1816, que comme un retour aux principes qui l'avaient inspirée.
La première des deux ordonnances du 16 juin 1828, est rendue sur le rapport du ministre de la justice : elle soumet au régime de l'Université les huit écoles secondaires ecclésiastiques où se trouvent des jésuites, et retire le droit d'enseigner aux membres des congrégations non autorisées. La seconde, rendue sur le rapport du ministre des affaires ecclésiastiques, règle pour l'avenir les conditions d'existence des écoles secondaires ecclésiastiques, les ramène à leur caractère primitif de séminaires, limite le nombre de leurs élèves et prescrit à ceux-ci le port de l'habit ecclésiastique. Charles X cède devant l'unanimité de ses ministres.
Vatimesnil recommande aux recteurs de travailler à former dans leur académie une classe normale à l'imitation de celle de Strasbourg. Onze nouvelles écoles ouvrent.
Le 8 août 1829, le cabinet Polignac réunit de nouveau l'instruction publique aux affaires ecclésiastiques ; les deux derniers grands-maitres de l'Université, sous la Restauration, M. de Montbel et M. de Guernon-Ranville, portent, comme Mgr Frayssinous, le titre de ministres des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique.
A la seconde Restauration, l’Université est maintenue mais les fonctions de grand-maître sont confiées à une commission de cinq membres, considérant que le régime d’une autorité unique et absolue était incompatible avec nos intentions paternelles et avec l’esprit libéral de notre gouvernement. La Commission de l'instruction publique est chargée d'exercer sous l'autorité du ministre de l'intérieur, les pouvoirs précédemment attribués au grand-maître.
Elle permet l’emploi de la méthode mutuelle très en faveur dans les écoles primaires.
La société pour l’instruction élémentaire se constitue.
Les premières écoles normales d’instituteurs après celle du Bas-Rhin se fondent dans le Loiret, la Moselle, la Meurthe, les Vosges, la Corse, la Côte-d’Or, et la Seine-Inférieure.
L'ordonnance du 29 février 1816, première charte de l'école primaire, demande aux communes de se doter d'une école et d'assurer l'instruction gratuite des enfants indigents. Sur quels fonds, les communes doivent-elles les imputer ? Cela, l’ordonnance ne le dit pas.
Pour exercer, il est exigé un brevet de capacité aux maîtres d'école et un certificat de bonne conduite du curé et du maire de la commune. La surveillance des écoles est confiée à un Comité gratuit et de charité pour surveiller et encourager l’instruction primaire, composé du curé cantonal, le juge de paix, le principal du collège et de trois ou quatre membres choisis par le Recteur de l’Académie.
Chaque école aura, pour surveillants spéciaux, le curé ou desservant de la paroisse et le maire de la commune où elle est située.
Les maîtres d’école sont livrés sans aucune garantie à ces surveillants et à ces comités, qui disposent arbitrairement de leur sort.
Alors que l’Empire n’avait autorisé qu’une seule congrégation, celle des écoles chrétiennes, la Restauration multiplie les congrégations religieuses. Le recrutement des instituteurs se fait essentiellement dans celles-ci. Elles seules peuvent fournir des instituteurs aux communes. Leur nombre s’accroit et devient considérable.
L'église reprend son ancien pouvoir sur l'école.
La lettre d'obédience permet au Recteur d’accorder le brevet de capacité aux congréganistes.
Ordonnance du Roi, Portant qu'il sera formé dans chaque canton un Comité gratuit et de charité pour surveiller et encourager l'Instruction primaire. Au château des Tuileries, le 29 février 1816.
Illustrations de Théophile Schuler dans les Contes et romans alsaciens : Les papiers de Madame Jeannette, d'Erckmann-Chatrian, J. Hetzel et Cie, éditeurs.
La lettre d’obédience
La définition administrative de la lettre d'obédience est celle-ci : « Ordre donné à un congréganiste, par son supérieur, de se rendre dans une commune pour y prendre la direction de l'école ».
Pour être en concordance avec l'ordonnance du 29 février 1816 qui stipule l'obligation, pour tout instituteur, de se munir d'un brevet de capacité délivré par le recteur, la Commission de l'instruction publique fait remettre individuellement des brevets aux Frères des écoles chrétiennes, sans les astreindre à passer un examen.
Le 3 juin 1819, une circulaire du ministre de l'intérieur étend les dispositions de l'ordonnance du 29 février 1816 aux écoles de filles, et une seconde circulaire du 29 juillet ajoute que les institutrices congréganistes sont dispensées de se pourvoir de brevets de capacité. « Vous pourrez, écrit le ministre, leur délivrer l'autorisation d'enseigner, d'après l'exhibition de leur lettre d'obédience. Ces institutrices seront ainsi assimilées aux Frères des Ecoles chrétiennes.»
24. Lorsqu’un individu muni de brevet de capacité désirera s’établir librement dans une commune à l’effet d’y tenir Ecole, il s’adressera au Comité cantonal, et lui présentera, outre son brevet de capacité, des certificats qui attestent sa bonne conduite depuis qu’il l’a obtenu.
Mémoires d’un ancêtre
Il y avait environ deux mois que j’étais à Berd’huis jouissant en toute sécurité des avantages de ma nouvelle position, lorsque je reçus une lettre à peu près ainsi conçue : « Monsieur, informé que vous vous êtes immiscé dans l’enseignement primaire sans brevet, ni autorisation, je vous ordonne de fermer sur le champ l’école clandestine que vous aves ouverte à Berd’huis, sous peine de vous voir poursuivi pour contravention à l’ordonnance royale du 29 février 1816 ». Signé N…, curé de Nocé, président du comité cantonal.
Cette lettre fut pour moi un coup de foudre. Je n’avais jamais entendu parler de l’ordonnance qu’elle mentionnait et qui n’avait encore reçu aucune application dans notre contrée ; tous mes confrères ainsi que moi exerçaient leurs fonctions sans autre titre que la permission verbale du curé et du maire de la commune. Qu’était-ce donc que l’autorisation et le brevet dont il était question dans la lettre ? Qu’était-ce donc que ce comité cantonal qui parlait en maître ? Je l’ignorais, mais ce que je comprenais trop bien, c’était qu’une autorité supérieure me donnait l’ordre de fermer mon école et que je serais forcé d’obéir ; je courus communiquer au curé de Berd’huis la terrible lettre de son confrère de Nocé. Il en fut presque aussi terrifié que moi. « Je crois deviner, me dit-il, d’où part le coup, mais ne perdons pas la tête et tâchons de le parer, avant tout nous avons besoin de connaître l’ordonnance dont il s’agit, allez demander au secrétaire de la mairie s’il peut vous la procurer ». Un quart d’heure après je la lui apportais. » (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)
Mémoires d’un ancêtre
« Il y avait une école au chef-lieu de la commune de Dancé (Orne) mais pour s’y rendre de la Chesnaye qui était distante d’un kilomètre, il fallait parcourir des chemins détestables et traverser une vallée souvent inondée dans les temps de pluie. D’ailleurs, l’instituteur, M. Bâche, homme fort estimable du reste, passait pour peu capable ; c’était un pauvre journalier devenu chantre, puis sacristain, puis maître d’école, trois fonctions qu’il cumulait avec celle de secrétaire de mairie ; ce qui ne l’empêchait pas d’être obligé, pour vivre de se louer encore chaque année comme aoûteron pendant la moisson.
Il y avait aussi dans un des hameaux de la commune un instituteur ambulant, mais c’était également un homme peu instruit et en outre sujet à s’enivrer. (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)
"Voici mon brevet d'instituteur monsieur le maire".
Le jeune instituteur ou le prix de la persévérance par Mme Carroy, chez Caillot, libraire à Paris, 1834.
La loi Gouvion Saint-Cyr du 10 mars 1818, exempte du service militaire les instituteurs qui contractent l’engagement de rester dix ans au service de l’enseignement.
La Commission de l'instruction publique est remplacée en novembre 1820 par le Conseil Royal de l'instruction publique.
La Restauration, qui avait d'abord essayé de détruire l'Université, songeait maintenant à l'absorber â son profit. L'ordonnance du 1er novembre 1820 avait transformé la Commission de l'instruction publique en Conseil royal de l'instruction publique, et, le mois suivant, la présidence de ce Conseil fut donnée à Corbière. La « congrégation » triomphait ; le rapport qui accompagnait l'ordonnance du 27 février 1821 fit savoir à la France que désormais les bases de l'éducation seraient « la religion, la monarchie, la légitimité et la charte ». Nombre de prêtres avaient été successivement introduits dans les principales fonctions de l'Université ; l'abbé Eliçagaray et l'abbé Nicolle étaient membres du Conseil royal. Bientôt la congrégation osa faire un pas de plus : elle voulut que le chef suprême de l'Université fût un prêtre. (Dictionnaire pédagogique de Buisson)
Le 1er juin 1822, Mgr Frayssinous est nommé chef de l'Université. Il reprend le titre de grand-maître, et exerce les attributions du président du Conseil royal.
Il écrit : « J’ai été vivement frappé de deux pensées : la première que l’éducation est une chose plus morale encore et religieuse, que littéraire et scientifique ; la seconde, que pour faire fleurir la piété et les bonnes mœurs dans les établissements d’éducation publique, il faut que le zèle des fonctionnaires de l’Université trouve un appui dans l’assistance du clergé, et surtout de ses premiers pasteurs. »
L'ordonnance du 8 avril 1824, remet au clergé l'enseignement primaire. Elle impose aux instituteurs un certificat d'instruction religieuse. L'autorisation d'enseigner doit être délivrée par l'évêque.
A partir du 26 août 1824, Mgr Frayssinous devient ministre secrétaire d'Etat des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique, et exerce les fonctions de grand-maître de l'Université.
Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824.
L'école mutuelle
En 1820, plus de 1500 écoles se disent mutuelles ; elles accueillent 170 000 élèves. De cette éclatante réussite, l'Eglise et ses congrégations ne tardent pas à prendre ombrage. Le décor est planté pour la première "guerre scolaire" de notre histoire contemporaine, car l'affaire a des prolongements politiques. Face à l'église et aux ultras, l'opinion libérale est solidaire de l'école mutuelle. Avec l'accession des ultras au pouvoir en 1820, le contrôle du clergé sur l'enseignement primaire se renforce. L'enseignement mutuel en fait les frais ; il ne lui reste bientôt plus que 250 écoles. Le ministère libéral de Vatimesnil en 1828, puis la révolution de 1830 semblent lui promettre un avenir meilleur ; dès 1832, la Société revendique à nouveau près de 1 500 écoles. Pourtant, la vogue de la méthode mutuelle touche à sa fin.
Guizot et ses conseillers doutent, en effet, de sa réelle efficience pédagogique. A côté d'incontestables réussites, trop nombreux sont les exemples de maîtres, insuffisamment formés, qui échouent à mettre en œuvre de façon satisfaisante une méthode aussi complexe. Quelques mois après sa loi de 1833, véritable acte de naissance de l'école primaire publique, le ministre libéral tranche en faveur de la méthode simultanée. (Yves Gaulupeau)
- Médaille enseignement mutuel, moniteur général, Louis XVIII, 1816.
- Règlement intérieur de l'école mutuelle de Chaumont, 1830
Gravure de Charlet, chez Gihaut frères éditeurs :
Avant la Révolution !... un enfant ne se serait jamais permis d'appeler son maître Singulier Masculin...
- Le maître d'école de Charlet, 1830.
- La maîtresse d'école de Quesnel, 1830.
Rapport de Vatimesnil au Roi du 21 avril 1828
« J'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté d'établir pour les écoles primaires catholiques des comités de surveillance composés de neuf membres, dont trois, y compris le président, seront choisis par l'évêque diocésain. Tout ce qui concerne la nomination des instituteurs, leur révocation et la discipline de l'enseignement primaire, sera soumis à la délibération de ces comités. Leurs avis seront adressés à l'autorité universitaire, chargée de prononcer. »
« Ce régime, se rapproche beaucoup de celui qui avait été établi par les ordonnances du 29 février 1816 et du 2 août 1820, et qui a été changé par celle du 8 avril 1824. Mais les ordonnances de 1816 et de 1820 m'ont paru susceptibles de diverses améliorations.
« Les intérêts de la religion n'étaient pas suffisamment représentés dans les comités de surveillance, sous l'empire des ordonnances de 1816 et de 1820, d'après lesquelles un seul des membres de ces comités appartenait au clergé. Votre Majesté, en déférant à l'évêque diocésain la nomination du président et de deux notables, assurera la salutaire influence des ministres des autels.
« Jusqu'ici les règlements n'avaient exigé des candidats qui se présentaient pour obtenir des brevets de capacité aucune attestation relative à leur instruction religieuse. J'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté d'établir cette importante garantie.
« L'ordonnance de 1816 avait établi un comité par canton. Cette disposition, trop absolue, présentait des inconvénients. L'expérience a prouvé que, dans quelques cantons, il était difficile de composer ces comités d'une manière convenable. D'ailleurs, s'il importe que l'autorité surveillante ne soit pas placée loin des personnes surveillées, il ne faut pas non plus qu'elle en soit assez rapprochée pour subir l'influence des préventions locales. D'un autre côté, il est des arrondissements trop étendus et trop peuplés pour qu'un seul comité y soit suffisant. Votre Majesté jugera peut-être qu'il est sage d'adopter un moyen terme, en posant comme règle générale qu'il y aura un comité par arrondissement, mais en admettant comme exception la faculté d'en établir plusieurs, selon les besoins et les circonstances, et en décidant que le comité pourra nommer un ou plusieurs inspecteurs gratuits.
« L'ordonnance de 1816 n'offrait pas aux instituteurs des garanties assez certaines de la stabilité de leur profession. Une décision du recteur suffisait pour leur enlever, non seulement l'autorisation actuelle d'exercer, mais encore le brevet de capacité. Ce brevet forme leur titre : il établit leur aptitude, et par conséquent il constitue véritablement leur état. N'est-il pas conforme à l'équité et à la raison de décider qu'ils ne pourront en être privés que par un arrêté du Conseil académique, précédé d'une instruction qui sera faite par le comité de surveillance et dans laquelle l'inculpé sera entendu? Ne convient-il pas, en outre, d'ouvrir à ces instituteurs la voie du recours devant le Conseil royal de l'instruction publique?
« Les écoles primaires des filles ont été jusqu'à présent soumises à une législation particulière. La direction de ces écoles est uniquement confiée aux préfets. Elles ne participent ni aux avantages de la surveillance religieuse, ni à ceux du régime universitaire. Votre Majesté ne jugera-t-elle pas utile de leur appliquer les mêmes règles qu'aux écoles primaires de garçons? »
Mémoires d’un ancêtre
L’ordonnance qui plaçait les écoles primaires sous l’autorité absolue des évêques, qui, bien que rendue du vivant de Louis XVIII, était l’œuvre de Charles X, protecteur de la Congrégation, transférait au clergé l’administration de l’instruction primaire et ne laissait à l’Université que la collation des brevets de capacité, l’autorité spéciale nécessaire pour ouvrir ou diriger une classe émanant de l’évêque diocésain, et c’était lui qui nommait la majorité des membres devant composer les comités chargés de la surveillance des écoles. Le but de la nouvelle législation était évidemment de faire rétrograder l’instruction primaire ; par conséquent, toutes les écoles laïques de quelque valeur avaient à craindre de ne pas recevoir l’autorisation épiscopale ou de la voir retirer, crainte qui n’était nullement chimérique puisque, d’après une statistique dressée plus tard par la Société pour l’instruction élémentaire, le nombre de ces écoles qui furent fermées de 1824 à 1828 ne s’éleva pas à moins de dix-huit cents. (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)
La sortie de l'école de Vautier
Bilan sur l’état des écoles de la Restauration
La plupart des écoles sont dans un état déplorable quand elles existent.
On est confondu de l’ignorance des instituteurs. Certains ne savent pas ce qu’ils sont chargés d’enseigner ; ils n’en savent pas plus que leurs élèves. Beaucoup sont sans brevet et hors d’état de subir l’examen. Ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent ; quelques uns même ne savent ni lire ni écrire, leur école n’est qu’un gardiennage. Certains sont infirmes, estropiés ou manchots pour qui cette incapacité physique a été la seule vocation à l’état d’instituteur. Ils vivent des rétributions scolaires, l’hiver car l’été le travail au champ fait fondre les effectifs. Ils complètent ce maigre revenu en faisant un autre métier. Ils sont sabotiers, cordonniers, fermiers, cabaretiers,… ou ont des activités complémentaires comme bedeau, chantre, fossoyeur ou sonneur de cloches ou pour les plus heureux secrétaires de mairie. Il n’est pas rare de voir la classe chômer pour un enterrement, pour un mariage, pour une fosse à creuser ou simplement pour une volée de cloches à sonner. Très peu de communes ont une maison d’école ; c’est l’exception. L’école se fait dans un cabaret, sous le porche de l’église, dans une cave ou dans une écurie pour avoir plus chaud. Souvent c’est simplement la maison de l’instituteur.
L'instruction primaire, préconisée par les Condorcet, par les Lakanal, a été délaissée par l'Empire. Le grand Carnot qui disait : "Il faut l'éducation du peuple pour la conservation de la liberté," veut hâter la renaissance de la liberté disparue, par la renaissance des écoles. Aidé par Hachette et quelques autres, il organise la Société pour l'instruction élémentaire en 1815. Elle est la doyenne des associations populaires et est reconnue d'utilité publique en 1831.
Elle est l'instigatrice de l'enseignement mutuel en france, empreinte de Bell et Lancaster en Angleterre. Elle a l'avantage d'instruire le plus grand nombre d'enfants avec le moins de dépense et avec le secours du plus petit nombre de maîtres.
C'est à elle que nous devons les premiers tableaux de lecture, d'arithmétique et de grammaire ; que nous sommes redevable des premiers livres de lecture courante. Elle a introduit dans les programmes l'histoire nationale, la géographie et le dessin linéaire. C'est elle encore qui, la première, fit sa place au chant.