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 Santé

Le timbre antituberculeux


A la fois production iconographique et pratique culturelle, le timbre antituberculeux a été de par le monde et en France en particulier, un des matériaux symboliques les plus représentatifs de la propagande en faveur de la prévention contre la tuberculose.

Tous les ans, il donne lieu à une campagne de propagande intensive et de durée limitée, revenant à la même époque de l'année 

L'histoire du timbre antituberculeux s'inscrit dans celle de la lutte contre la tuberculose.

C'est au Danemark, en décembre 1904, que le premier timbre antituberculeux fait son apparition.

Introduit en France en 1925 grâce au soutien de la Fondation Rockefeller, ce premier essai est limité au seul département de la Meurthe-et-Moselle ; puis, en 1926, étendu à neuf départements ; enfin, en 1927, c'est la première campagne à l'échelle nationale.

La réussite du timbre est telle, qu'en 1930, 15 nations participent au premier congrès international des timbres de santé. En 1954, 53 nations éditent le timbre antituberculeux.


Par le caractère éducatif qu'il a pris dans ses débuts, le timbre antituberculeux a donné une impulsion nouvelle à la propagande contre la tuberculose. Sa vente et sa promotion s'accompagnent d'une « campagne du timbre » qui, par une action de masse, vise toutes les strates de la société. Ces campagnes « intensives », limitées dans le temps, le plus souvent à date fixe, ont fait appel dans tous les pays à des techniques de propagande à peu près analogues : la presse, la radio, le cinéma, et l'école surtout. Force de l'image, du document imprimé (tracts, brochures, affiches…) ou sonore (débats, conférences radiophoniques, chansons) se conjuguant, pour informer, éduquer, conditionner en jouant sur divers ressorts psychologiques, entre autres la persuasion et l'émulation


Pour que le timbre joue pleinement son rôle d'instrument d'éducation sanitaire et exerce son influence, de préférence sur la jeunesse, les promoteurs du timbre français ont attribué une place particulière au concours de l'école et des éducateurs. C'est cette priorité essentielle réservée à l'éducation sanitaire qui, à nos yeux, fait tout l'intérêt du timbre antituberculeux français, depuis son lancement national (1927) jusqu'aux années 50. Deux points ont retenu particulièrement notre attention. Le premier, c'est l'importance accordée à l'école dans la diffusion de la propagande sanitaire et le recours à l'écolier comme vendeur et propagandiste. Le second, c'est la facture originale du timbre, à la fois « image » et « légende » ; pensée discursive et pensée symbolique s'allient, ici, pour en faire, dans son essence même, une « vignette éducative ».


Comment se présente cet objet ? C'est une vignette de 2 cm sur 3,5 cm présentant un « sujet » assorti d'une légende « frappante », l'indication de l'année, du prix et celle du nom du Comité de Défense contre la Tuberculose (dont il est l'œuvre) et, en rouge, la croix-emblème de la lutte antituberculeuse. Cette « vignette éducative » accompagnée d'une campagne de propagande a pour « mission » d'« éclairer le public tout entier sur ce sujet » (la tuberculose) ; d'« éveiller en chacun de nous l'idée de devoir social qui nous incombe et qui est d'entrer dans la lutte contre la tuberculose». (Arlette Mouret, « L'imagerie de la lutte contre la tuberculose : le timbre antituberculeux, instrument d'éducation sanitaire », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 1994)

Cibles privilégiées : les enfants et les jeunes, à la fois destinataires et médiateurs du message. Pierre angulaire de l'éducation sanitaire et de la vente du timbre : les maîtres de l'enseignement auxquels se joignent souvent des associations de jeunes, scouts, étudiants, jeunes ouvriers et agriculteurs. A tous les échelons, l'Instruction publique est mobilisée : inspecteurs primaires ; inspecteurs d'académie devant préparer les instituteurs à cette tâche nouvelle. Des outils pédagogiques sont diffusés à leur intention : ainsi dès le début de la campagne, le Manuel général de l'Instruction primaire ouvre ses colonnes aux articles que le Comité de propagande lui adresse. Ces articles servent de fil conducteur et de thèmes aux leçons d'hygiène, dictées, « devoirs de style » ou « devoirs de maison » qui, sous toutes ces formes, doivent instruire les écoliers « sur les mesures de prophylaxie et sur le devoir d'entraide sociale ». A l'usage de l'écolier « vendeur propagandiste », est rédigé un Petit guide de l'écolier, au sommaire, trois parties. « Ce qu'il faut savoir. Ce qu'il faut faire. Ce qu'il ne faut pas faire ». Il doit connaître l'histoire du timbre, ses objectifs et ses « bienfaits », savoir où va l'argent et être apte à surenchérir sur l'idée de devoir social : « ne pas timbrer lettres et paquets à l'aide du Timbre antituberculeux, c'est commettre une faute contre son prochain ». C'est « librement » qu'il « entre » dans ce rôle de propagandiste, tâche dont il doit sentir « la beauté et l'utilité sociale ». Poli dans sa demande, il doit également être gai, « même devant une rebuffade », parce qu'il il n'est pas « un solliciteur importun, mais le serviteur d'une cause de solidarité sociale »


Pour rallier et conjuguer les énergies et obtenir une efficience accrue, un système de récompenses et de distinctions est mis en place : coupes, médailles, objets d'art, prix spéciaux gratifiant non seulement les écoliers ayant excellé en la matière, mais aussi les instituteurs et, hors du milieu scolaire, les départements, villes et communes les plus méritants.

On note deux périodes, marquées par la coupure de la seconde guerre mondiale, la parution du timbre cessant pendant ces cinq années.

A ces deux périodes, correspondent deux factures thématiques différentes, se caractérisant globalement ainsi : avant 1940, les conseils illustrés ont trait à l'éducation sanitaire (règles de vie saine et préceptes d'hygiène générale et corporelle), mais on note aussi les débuts de la prévention. Après la guerre, surtout après 1947, place est faite à la médicalisation, la prévention et la réinsertion sociale : l'éducation hygiénique cède le pas à la solidarité sociale.




TABLEAU  DES LEGENDES DU TIMBRE FRANCAIS (1927-1967)

1927

Le baiser au soleil

1928

Vivre

1929

De la lumière

1930

Propreté

1931

De l’air pur

1932

Joie de vivre

1933

Jeux et santé

1934

Calmette sauve des tout-petits

1935

Mieux vaut prévenir

1936

La défense contre la tuberculose

1937

Sauvé !

1938

Net et propre

1939

Espoir

1945

Renaître

1946

Propreté et santé

1947

Guéri… Je travaille

1948

Le BCG protège contre la tuberculose

1949

Tôt dépisté, vite guéri

1950

Sans repos pas de guérison

1951

Villemin : la tuberculose est contagieuse donc évitable

1952

Le dispensaire

1953

La science vaincra

1954

Cinquantenaire du timbre antituberculeux (1904 – 1954)

1955

Préserver

1956

« Vous guérir »

1957

Reprends ta place

1958

Notre salut ! (le BCG)

1959

Savoir se protéger

1960

Défendez vos enfants contre la tuberculose

1961

Traitement bien suivi, guérison assurée

1962-63

BCG : une assurance contre la tuberculose

1963-64

Mieux informé, mieux défendu

1964-65

Tuberculose dépistée, contagion évitée

1965-66

Tous unis, tous responsable

1966-67

Le BCG te protégera contre la tuberculose

  

Affiche de la Commission Américaine de Prévention Contre la Tuberculose en France, Bureau de la tuberculose (crois Rouge Américaine)

Affiche cartonnée.

Ecoliers de France, achetez tous et faites acheter autour de vous le timbre antituberculeux "de l'air pur" qui sera vendu partout en décembre 1931 et dont les recettes serviront à vous protéger, vous, vos frères et vos soeurs contre la terrible maladie.

Vous serez ainsi les bons artisans d'une oeuvre de salut national.

Lutte contre la tuberculose


Avec la révolution pastorienne et avant la découverte du bacille tuberculeux par Koch en 1882, une notion nouvelle se fait jour, celle du caractère évitable des maladies contagieuses. Au nom de la « solidarité sanitaire », le rôle de l'hygiéniste s'est trouvé élargi et le pouvoir d'intervention de la médecine largement accru. Dès lors, s'est mise en place une dialectique médico-sociale pour lutter contre les « maladies sociales » en modifiant « les lois et les mœurs ».

La vignette « Le baiser au soleil » de la première campagne nationale de 1927, est le premier spécimen de la série des vignettes éducatives émises par le Comité national de défense contre la tuberculose.

Jusqu'en 1967, la vignette propose une image et une légende différentes. A partir de 1968-69, texte et image se dissocient : le slogan cesse d'être renouvelé systématiquement chaque année et ne figure plus que sur le talon gommé du timbre. Le projet pédagogique de la « vignette éducative », dès lors, n'existe plus.