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 Education manuelle

Le travail manuel


Les travaux à l'aiguille, enseignés dans les écoles dès le milieu du XIXe siècle, ne constituent pas, à proprement parler, un enseignement au travail manuel. Les travaux à l'aiguille ont toujours été considérés comme faisant partie de l'éducation générale de la femme ; leur enseignement a simplement pour but de mettre la jeune fille en état de remplir convenablement plus tard ses devoirs de bonne ménagère.


Au cours de la période d’ébauche de l’école républicaine, l’initiation manuelle dès l’école primaire est encouragée principalement par l’inspecteur général Gustave Salicis« Il faut instruire les enfants du peuple, mais il ne faut pas les exposer à perdre le goût du travail professionnel ; par conséquent il ne faut pas que l’instruction par l’esprit seulement soit trop prolongée. »

Octave Gréard, directeur de l’Enseignement primaire de la Seine, rétorque qu’en introduisant le travail manuel à l’école primaire on risque de troubler l’économie des programmes, de porter préjudice aux études générales et de limiter la fréquentation scolaire.

Paul Bert défend l’idée du travail manuel pour tous : « Il ne faudrait pas qu'on se méprît sur le fond de notre pensée. Nous ne demandons pas que l'école primaire devienne une école professionnelle ; nous croyons qu'on n'en doit sortir ni serrurier, ni vigneron. C'est l'affaire des écoles ou des ateliers d'apprentissage, qui doivent former des artisans, tandis que l'école, accomplissant une œuvre bien plus générale, forme des hommes et des citoyens. Mais nous croyons que l'enseignement scientifique ne doit pas rester dans le domaine de la théorie pure, que les applications pratiques aux diverses industries doivent y tenir une grande place. Or, il nous a semblé nécessaire, pour que cet enseignement pratique porte tous ses fruits, que l'enfant apprenne à manier lui-même les principaux outils à l'aide desquels l'homme s'est rendu maître des matériaux que lui fournissent la nature et les industries fondamentales : le bois, les métaux, le cuir, etc. Nous avons vu, dans cette innovation, un triple avantage : avantage physique, car en apprenant à se servir du rabot, de la scie, du marteau, du tour, etc., l'enfant complétera son éducation gymnastique et acquerra une adresse manuelle qui lui sera toujours utile, quoi qu'il fasse plus tard, et le tiendra prêt, d'ores et déjà, pour tous les apprentissages ; avantage intellectuel, car les mille petites difficultés qu'il rencontrera l'habitueront à l'observation et à la réflexion ; avantage social, peut-on dire, car, après avoir apprécié, par sa propre expérience, les qualités nécessaires pour réussir dans les exercices professionnels et devenir un habile ouvrier, il n'y a nulle crainte que, si la fortune le favorise, à quelque position élevée qu'il puisse arriver par la suite,  il dédaigne ceux de ses camarades qui travaillent toujours de leurs mains. »

L’expérimentation développée à Paris, montre que le travail manuel est utile pour développer l’enfant et qu’il ne nuit pas aux autres activités scolaires.

Il devient un enseignement obligatoire indiscutable en 1882.

L'intelligence est dans le cerveau mais aussi dans les mains.

                                                                        Henri WALLON

Suite à la loi du 28 mars 1882, des mesures sont prises pour en assurer l'exécution en ce qui concerne l'enseignement du travail manuel à titre de matière obligatoire du programme de l'école primaire publique.

Arrêtés ministériels des 27 et 28 juillet 1882

ÉCOLES MATERNELLES

Section des petits enfants (enfants de deux à cinq ans). — Jeux. — Petits exercices de pliage, de tissage, de tressage.

Section des enfants de cinq à sept ans ou classe enfantine. — Pliage, tissage, tressage, combinaisons en laines de couleurs sur le canevas ou le papier ; petits ouvrages de tricot.


ÉCOLES PRIMAIRES ÉLÉMENTAIRES

L'éducation physique a un double but :

D'une part, fortifier le corps, affermir le tempérament de l'enfant, le placer dans les conditions hygiéniques les plus favorables à son développement physique en général.

D'autre part, lui donner de bonne heure ces qualités d'adresse et d'agilité, cette dextérité de la main, cette promptitude et cette sûreté de mouvements qui, précieuses pour tous, sont plus particulièrement nécessaires aux élèves des écoles primaires, destinés pour la plupart à des professions manuelles.

Sans perdre son caractère essentiel d'établissement d'éducation, et sans se changer en atelier, l'école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer, en quelque sorte, les garçons aux futurs travaux de l'ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme.


1° Garçons.

Cours élémentaire. — Exercices manuels destinés à former la dextérité de la main. — Découpage de carton-carte en formes de solides géométriques. — Vannerie : assemblage de brins de couleurs diverses. — Modelage : reproduction de solides géométriques et d'objets très simples.

Cours moyen. — Construction d'objets de cartonnage revêtus de dessins coloriés et de papier de couleur. — Petits travaux en fil de fer ; treillage. — Combinaisons de fil de fer et de bois : cages. — Modelage : ornements simples d'architecture. — Notions sur les outils les plus usuels.

Cours supérieur. — Exercices combinés de dessin et de modelage : croquis cotés d'objets à exécuter et construction de ces objets d'après le croquis, ou vice versa. — Etude des principaux outils employés au travail du bois. — Exercices pratiques gradués. Rabotage, sciage des bois, assemblages simples. Boîtes clouées ou assemblées sans pointes. Tour à bois, tournage d'objets très simples. — Etude des principaux outils employés dans le travail du fer, exercices de lime, ébarbage ou finissage d'objets bruts de forge ou venus de fonte.


2° Filles.

Cours élémentaire. — Tricot et étude du point ; mailles à l'endroit, à l'envers, côtes, augmentation, diminution. — Point de marque sur canevas. — Eléments de couture : ourlets et surjets. — Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main, découpage et application de pièces de papier de couleur. — Petits essais de modelage.

Cours moyen. —Tricot et remmaillage. — Marque sur canevas. — Eléments de la couture : point devant, point de côté, point arrière, point de surjet. Couture simple, ourlet, couture double, surjets sur lisières, sur plis rentrés. — Confection d'ouvrages de couture simples et faciles (essuie-mains, serviettes, mouchoirs, tabliers, chemises), rapiéçage.

Cours supérieur. — Tricot de jupons, gilets, gants. — Marque sur la toile. — Piqûre, froncés, boutonnières, raccommodage des vêtements, reprises. — Notions de coupe et confection des vêtements les plus faciles. — Notions très simples d'économie domestique et application à la cuisine, au blanchissage et à l'entretien du linge, à la toilette, aux soins du ménage, du jardin, de la basse-cour. Exercices pratiques à l'école et à domicile.

L'année préparatoire de Travail manuel, par P.Martin, librairie Armand Colin, 1922.

  

Vers 1900, les travaux à l’atelier sont repoussés au cours supérieur et le modelage disparaît. Le travail manuel de Salicis, dite méthode des objets usuels qui consiste à reproduire en miniature, des objets courants, proche de l’apprentissage, est remplacé par celui « sans atelier » de René Leblanc dite méthode des éléments géométriques ou méthode album en raison de l’introduction du cahier de travail manuel qui conserve les pièces d’essai réalisées. Cette méthode donne une légitimité éducative au travail manuel, en développant la géométrie et le dessin.

Un exercice manuel à l’école, explique René Leblanc, « doit exercer l’œil et la main, en même temps que son attention, son intelligence, son goût et son adresse ; il faut en outre qu’il soit peu coûteux, en rapport avec les forces physiques de l’élève (…). Mais cela ne suffit pas (…), il faut que le travail manuel contribue à l’éducation physique, c’est sa première raison d’être ; mais il faut en outre qu’il prête son concours à l’éducation intellectuelle en apportant à la partie scientifique (dessin, formes géométriques, calcul) le concret qui lui fait si souvent défaut dans l’enseignement ordinaire. »

Mais la prédominance du dessin géométrique qui enlève toute liberté du sentiment et de l’interprétation chez l’élève, est contesté. Le dessin prend son autonomie en 1909.

Excepté à Paris, l’enseignement du travail manuel est délaissé partout ailleurs. Certains maîtres allèguent le manque de temps, et la plupart le manque de matériel. Les premiers dédaignent souvent les enseignements « accessoires » : l’éducation physique, le chant, le dessin et surtout le travail manuel, enseignements essentiels de la première enfance.

Le travail manuel dont l’intérêt intellectuel est reconnu, s’allie à l’enseignement des sciences expérimentales.

Les instructions de 1923 adaptent la loi aux pratiques scolaires. L’enseignement du travail manuel n’est plus considéré comme une partie de l’éducation physique mais fait partie maintenant de l’éducation intellectuelle. Il doit être une « préparation à la vie courante ». Les maîtres sont invités à faire confectionner des objets variés.


Inspirée par l’école nouvelle, la méthode des objets attrayants apparaît lorsque Plicque propose aux enfants la fabrication de jouets simples en bois.

La réalisation est un moyen pour apprendre. Il s’agit de fixer des connaissances géométriques grâce à leur matérialisation.

Dans l’entre-deux-guerres, le travail manuel se transforme progressivement en travaux manuels.

Le travail Manuel attrayant à l'école primaire, d'A. Plicque, Fernand Nathan,1937

Jean Zay, dans les instructions de 1938, réduit les horaires d’enseignement introduisant trois heures de sport et plein air et trois heures d’activités dirigées et chant, pour tous les cours.

« L’école nouvelle n’est pas une école où on fait ce qui vous plaît : elle est une école où ce qu’on fait plaît, et le métier du maître est de faire s’intéresser les enfants. »

«  L’organisation des activités dirigées non seulement serait inutile, mais elle irait à l’encontre de son but si elle aboutissait à je ne sais quelle demi-journée de paresse ou d’inaction, d’heures creuses pendant lesquelles les maîtres ne sauraient que faire des enfants, et si elle doublait en quelque sorte les congés du jeudi et du dimanche. »

Les activités dirigées doivent nourrir les enseignements habituels. Elles  privilégient l’initiative des instituteurs et tendent à promouvoir la liberté de l’élève. Les activités des enfants à l’école nouvelle (enquêtes, recherches libres ou dirigées, comptes rendus, monographies, travail individuel ou travail par groupes) créent un climat nouveau fait de liberté, de confiance, d’action joyeuse et disciplinée. Elles consacrent une place importante aux réalisations manuelles qui développent l’adresse des mains et le coup d’œil, préparent à la vie pratique, habituent au travail bien fait. Pour les garçons, ce sont les travaux de jardinage adaptés aux cultures et aux activités locales, les travaux dits de bricolage, avec utilisation de matière d’œuvre et d’outils de la vie courante.

Les travaux manuels sont alors éducatifs et récréatifs. Les objets réalisés deviennent utiles et décoratifs. La forme agréable privilégie le plaisir de faire. Les enfants s’exercent sur le plus grand nombre de matières d’œuvre possible : bois, fer, cuir, carton, verre,… Les travaux manuels sont alors classés selon les matériaux : batik, linogravure, reliure, modelage, cannage, paillage, raphia, dentelles, macramé, floralie, pompons, cuir, jardinage…

  

Matériels de linogravure et de pyrogravure

En 1969, les disciplines d’éveil sont inscrites dans le cadre du tiers temps pédagogique. Elles sont fondées sur l’intérêt de l’enfant. Le nouveau modèle éducatif insiste sur l’éducation esthétique. L’activité manuelle est pleinement une activité d’éveil qui contribue, elle aussi, à l’épanouissement de la créativité.

Les objets réalisés ne sont plus vraiment utiles, mais surtout agréable. On réalise des objets décoratifs, achetés dans le commerce que les enfants terminent. On imprime des tissus, on habille des pots de yaourt, on grave du plâtre, on confectionne des masques, on peint des pieds de lampe…

Le travail manuel attrayant se transforme en travail manuel amusant impliquant exclusivement le plaisir de faire, distinct de la joie de l’effort. Il perd son caractère éducatif et suscite des critiques pour son côté « bricolage ». Un enseignement obligatoire dispensé à l’école, ne peut se confondre avec les activités du jeudi.

La réponse des psychologues porte sur la fonction de l’action dans la construction des apprentissages et dans le développement de l’intelligence. Une réflexion est menée notamment dans les écoles normales, sur la structuration des apprentissages. L’activité manuelle est ainsi le lieu privilégié des exercices sensoriels, d’une éducation gestuelle et de la manifestation de la créativité. Elle s’imbrique dans les autres activités de l’école élémentaire.

Doit-on privilégier le processus d’action ou au contraire le résultat de l’action ? Doit-on autoriser l’enfant à un tâtonnement sur les supports matériels ou doit-on le soumettre à un travail bien fait ? Les réponses différencient alors les activités manuelles éducatives des travaux manuels.

Les propositions d’activités définissent la méthode des éléments logiques. Il s’agit de faire, dire, puis représenter une tâche ou une action, de décrire un processus en définissant le programme d’actions.

  

Le travail manuel, par R.Gay et R.Clad, chez Istra, 1971.

" l'ouvrage veut être un outil d'éveil et d'apprentissage qui respecte la spontanéité de l'enfant tout en la soumettant à une discipline sagement mesurée."

En 1985, les activités d’éveil à dominante scientifique disparaissent au profit des sciences et technologie qui regroupent la biologie, la physique et la technologie.

L’informatique entre dans le programme du cours moyen. Les écoles sont dotées de matériel informatique et les instituteurs sont formés massivement.

Une mallette technologique apporte aux maîtres un exemplaire des matériaux nécessaires pour la pratique des activités technologiques du cours moyen.

  

  

Chronogramme des méthodes successives observées qui accompagnent la lente transformation de la discipline d'après Joël Lebeaume

Ecole, technique et travail manuel

de Joël Lebeaume chez Z'éditions