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 Education manuelle

Travaux à l'aiguille


Aux termes de l’article 48 de la loi du 15 mars 1850, l’enseignement des travaux à l’aiguille est obligatoire dans les écoles de filles.

« Qu’une jeune fille sache lire, écrire, compter,…, rien de plus désirable ; mais qu’elle ne s’entende pas à manier l’aiguille, quoi de pire ? » (Manuel de l’enseignement primaire par Eugène Rendu)

Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme nommée par le préfet, sur proposition du maire, est chargée de diriger les travaux à l’aiguille des filles. Son traitement est fixé par le préfet, après avis du conseil municipal. (Loi du 10 avril 1867).

Lorsque l’instituteur est marié et père de famille, le choix doit naturellement s’arrêter sur la femme, la fille ou la sœur de l’instituteur, si toutefois elle est réellement en état de donner de bonnes leçons de couture aux enfants. (Circulaire du 12 mai 1867)

Certains maîtres utilisent cette activité comme un instrument de gain en soumettant à un travail de sept, huit ou dix heures de pauvres jeunes filles.

« Le travail à l’aiguille, dans nos écoles, dit madame Pape-Carpentier, doit avoir le caractère d’un enseignement ; on doit y voir un moyen d’éducation salutaire au corps et à l’âme des petits enfants, un exercice tendant à développer chez eux l’habileté de l’œil et de la main, en vue de leur profession future, et non un moyen immédiat de lucre et de produit. »

A cette époque les travaux à l’aiguille complètent l’éducation des filles. On se borne au tricot, on parle surtout crochet, broderie ou tapisserie.

L’inspecteur A.J. Viaud est un des premiers concepteurs d’une méthode d’enseignement. Il imagine une pièce de linge, de 8 à 10 cm de côté que la fillette de 5 ou 6 ans, coud puis découd, pour progresser et conserver une surface de travail. Les plus grandes, lorsqu’elles n’apportent pas du raccommodage ou du neuf à faire, travaillent elles-aussi sur une pièce de linge et conservent progressivement des spécimens de tous les points à connaître.

Quant au programme, voici comment Melle de Mussey, inspectrice départementale, l’a fixé en 1878 :

« Ourlet, surjet, couture rabattue, marque, tricot, jarretière, tricot bas, boutonnière, piqué, bride, reprise, remaillage, feston, bas garnis, morceaux posés, reprises de tous dessins. Il faut répartir ces divers genres de travaux entre toutes les classes, en les graduant selon l’âge et le degré d’avancement des élèves.»

"Un ouvroir" de Renouard, 1890.

Abécédaire d'Eugénie Mure, au fil noir sur toile de lin, XIXe siècle

Exercice de tricot : chausson au fil de coton

Travaux manuels pour les petites filles par Stella, Mison A. Mama & fils à Tours.

En 1882 le programme de travail manuel prescrit essentiellement trois travaux féminins usuels : le tricot, la marque et la couture. La progression est établie fidèlement à l’aspect concentrique des apprentissages avec en amont quelques exercices fröbéliens destinés à développer la dextérité de la main et en aval une initiation à la coupe et confection de vêtements.

Le travail manuel inscrit dans l’éducation physique, privilégie la tenue des aiguilles.

Semblant aller de soi et ne demandant qu’un matériel rudimentaire, les pratiques scolaires révèlent pourtant l’absence d’un enseignement méthodique.

« …arrive l’heure de la leçon de couture. Je laisse tout le monde s’installer et je vois apparaître une série d’objets les plus variés. Deux ou trois aspirantes au certificat d’études ont un fil, une aiguille et de l’étoffe : elles cousent, ce sont les seules. Les autres font de la dentelle, de la tapisserie, du crochet, beaucoup de crochet ; les petites ne font rien du tout. La maîtresse regarde. On pourrait, à la rigueur, se croire dans un atelier, mais non dans une classe où se fait une leçon, car une leçon, il n’y en a point. »

L’inspectrice générale  Marie Thomas note : « L’école n’est pas un atelier destiné à une fabrication individuelle et machinale. Chaque leçon doit donner à l’enfant une notion, une connaissance nouvelle, ou aider à développer le goût, l’adresse, l’habileté. »

Les nouvelles dispositions de l’arrêté du 17 septembre 1898, limitent les exercices fröbéliens (pliage, découpage, modelage) à la section enfantine. Il interdit surtout deux dérives extrêmes, l’inutilité pratique et le professionnalisme, et détermine le champ d’application du travail manuel appris à l’école : « la couture utile, couture de ménage ».

« Il y a une marche à suivre, une progression à établir en couture comme en lecture, comme en calcul… La leçon d’ouvrage manuel doit être simultanée, comme toute autre leçon ; chaque cours doit faire le même exercice de couture, comme la même dictée, comme le même problème, avec démonstration et dessins au tableau. Les mamans n’ont pas plus à envoyer à la maîtresse la matière du travail manuel, qu’elles n’ont à lui envoyer les problèmes ou les sujets de rédaction ».

L’école ne pouvant enseigner tous les travaux d’aiguille, on sélectionne les plus éducatifs car les moins machinaux ; Inspiré par la méthode Schallenfeld, on a donc écarté tous les travaux autres que le tricot, le crochet, la reprise, la couture et la marque.

A cette date apparaît la layette. Outre sa fonction du rôle de mère de famille de la femme, c’est le moyen d’accommodation de l’enseignement aux exigences matérielles. Ces petits objets requièrent moins de matériaux et d’espace, et leur réalisation s’adapte davantage aux contraintes de durée des séquences et d’intérêt des enfants.

Dans l’esprit d’une pédagogie rénovée, la confection des objets utiles est préférée aux pièces d’essai.

Une méthode attrayante consiste à réaliser le trousseau de la poupée et de vraies chemises. On invite les institutrices à introduire la « grande poupée Suzy » de 80 cm de taille.

Cahiers de couture élèves : travaux  de crochet, layette et exercices sur les points de surjet, de piqure et d'ourlet

« Presque toutes les coopératives scolaires ont dans leur armoire, leur filleule, la grande poupée Susy, entourée souvent d’un mobilier fabriqué par les garçons. A Suzy, on fait chaque année un trousseau complet ; on la gâte en lui donnant des objets magnifiques fabriqués d’après les journaux spéciaux auxquels la société est abonnée ; coussins, vide-poche, etc. Le tout dispersé en fin d’année est recommencé l’année suivante. Les enfants peuvent ainsi, en travaillant sur le modèle, d’après les mesures prises, comprendre le métier et développer en elles, avec le goût du travail, le sens du goût tout court. »

 B. Profit

Cahier de tissus pour l'enseignement de la couture, par Mme L. Charbonnier, Librairie Ch. Delagrave, 1885

En 1923, le travail manuel pour les filles est pour moitié la partie géométrique du programme des garçons et pour l’autre moitié un enseignement à la couture.

L’allégement des horaires oblige à faire achever les travaux à la maison. Cela présente l’avantage de montrer à la mère de famille le caractère pratique de l’enseignement donné à l’école. En revanche, P.E. Marcant considère que la réduction du temps est une atteinte à la formation complète de la future femme.

Les fondements intellectuels du travail manuel sont assurés selon trois sources différentes, écrit Joël Lebeaume, Une première position, très utilitaire, conçoit l’imprégnation sensorielle comme la facette intellectuelle de l’activité puisque la main éduque le cerveau. La seconde suppose que la réalisation doit être comprise et dispense la raison de la pratique ; La troisième considère l’implication affective personnelle de l’enfant comme essentielle à son développement. Ces arguments structurent les travaux à la fois utiles et éducatifs, manuels et intellectuels.

Les travaux d’aiguille « moins intelligents » que la couture comme le crochet, donne une application matérielle à une première initiation à la composition décorative du dessin. Ils sont proches des constructions géométriques car leur composition initiale exige la qualité du traçage des dessins.

Au certificat d’études, l’épreuve de 50minutes permet de vérifier la compétence des fillettes et leurs capacités pratiques, symboles de leur rôle à venir. A la différence des garçons qui sont évalués sur le dessin, les filles doivent prouver une capacité pratique.

Dans le programme de 1937, les activités manuelles doivent préparer à la vie pratique. Pour les filles, il s’agit de la couture sur un vrai tissu et de la confection de vrais objets et d’exercices ménagers pratiques : cuisine, jardinage, légumes, fleurs. Il faut toujours former la mère de famille ; profession la plus respectable qu’il soit.

L’évolution industrielle et technique des années 1960 fait évoluer le statut de la femme au foyer.

  

Cours pratique de travail manuel par Mme E. Liétout, Gédalge Jeune, Libraire-Editeur, 1889.

Le Travail manuel des Ecoles de Filles, cours moyen et supérieur, Librairie Delagrave, 1925

Cours de travail manuel pour les écoles,

Deuxième partie, Les fleurs ;

Troisième partie, Le tricot sans aiguilles ; Quatrième partie, Le tissage ;

de Melle C. Depoully, Librairie Hachette et Cie, 1897.

Méthode de Coupe et d'assemblage pour robes de femmes et vêtements d'enfants, par Mme G. Schéfer née Bachellery, Librairie Ch. Delagrave, 1887.

Cahier de couture.

 Cours de Travail Manuel avec les Eléments de coupe, Méthode progressive pour les écoles de jeunes filles, par Melle Pérot, Librairie Guionie Père et fils à Brive-la-Gaillarde.

Tricotin bergère

"Charmant jouet, enseigne aux enfants, en les amusant l'art de confectionner de ravissants petits ouvrages, en tresse de laine."

Piquage & Broderie, par Melle Berthe Dumoulin, Institutrice d'école maternelle, chez Fernand Nathan