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 Education artistique

La musique


A l’époque de Guizot, rien ne s’oppose à ce que l’instituteur public remplisse les fonctions de chantre à l’église. Il assiste aux offices, revêtu du surplis, et unit sa voix à celle du prêtre pour entonner les chants liturgiques et entraîner les fidèles. Sa fonction de chantre le conduit parfois, aidé d’un « souffleur », à jouer les « claviers ».

La coutume voulait que tous les ans, il fasse une quête à domicile. On lui remettait dans chaque maison de l’argent ou des denrées en nature comme rémunération de ses services. Cette coutume était contraire à la dignité du corps enseignant.

Dans l’instruction primaire élémentaire, le chant ne fait pas parti des matières enseignées ; Par contre le brevet de capacité supérieur pour les instituteurs exige des connaissances théoriques et pratiques sur la musique de plain-chant.

Le plain-chant ou chant grégorien est le chant ecclésiastique de l’Eglise romaine. C’est un système musical à une voix, de rythme libre, récité, mélodique ou orné. Dans les bourgs et villages, son enseignement se réduit le plus souvent à la simple lecture de « la note » du plain-chant, et à la répétition par cœur de quelques cantiques aux catéchismes.

L’exception parisienne.

L’enseignement musical scolaire nait sous la Restauration dans les écoles mutuelles de la ville de Paris par la volonté du Baron Joseph de Gérando, membre de la Société pour l’instruction élémentaire, et de l’un des plus grands pédagogues de la musique du XIXe siècle, Wilhem.

Le 23 juin 1819, sous l'impression de ces premiers débuts, poussé aussi par le souvenir de ce qu'il avait vu en Allemagne, le baron De Gérando soumet à la Société pour l'instruction élémentaire la question de savoir s'il ne serait pas convenable d'ajouter aux écoles d'enseignement mutuel quelques exercices de chant et de musique, et, dans ce cas, quelle étendue, quelle méthode, quelle forme, quels instants on doit donner à ces exercices. Une commission est immédiatement nommée pour examiner ces questions, et, au mois d'août suivant, Jomard obtient de ses collègues qu'il soit fait un essai en grand de l'enseignement nouveau, sous la direction de Wilhem. Cet essai a lieu d'abord à l'école de la rue Saint-Ambroise, puis, avec l'agrément du préfet, à l'école normale élémentaire de la rue Saint-Jean-de-Beauvais. En principe, la question posée par De Gérando est dès lors résolue : le chant peut être enseigné à l'école primaire.

En 1826, Wilhem est chargé de diriger l'enseignement du chant dans les écoles élémentaires de Paris.

En octobre 1833, Wilhem complète et généralise son œuvre par la création de l'Orphéon, c'est-à-dire en constituant des réunions périodiques des enfants des différentes écoles pour le chant en commun en compagnie d’adultes des cours du soir gratuits de solfège et de chant.

Le 1er novembre 1834, le ministre de l'instruction publique, sur le rapport d'Orfila, fait distribuer deux cents exemplaires des tableaux Wilhem dans les écoles primaires de France, aux frais de l'Université.

Le 6 mars 1835, le conseil municipal de Paris arrête que le chant sera enseigné dans trente écoles nouvelles, et Wilhem est nommé directeur inspecteur général du chant dans les écoles primaires de la ville de Paris.

Il dirige une vingtaine de répétiteurs pour 90 écoles parisiennes. Chaque répétiteur, modestement rémunéré, enseigne 3 heures par semaine dans chacune des quatre ou cinq écoles dont il a la charge.

Wilhem ouvre la voie à un nouveau métier : le professorat de musique à l’école primaire.

Les successeurs de Wilhem, comme le compositeur Charles Gounod (en fonction de 1852 à 1859), continuent son œuvre.

Le déclin de l’enseignement mutuel entraîne la disparition progressive de l’usage de la méthode Wilhem.

A partir de 1860, l’orphéon perd peu à peu son statut de référent principal au profit des concours interscolaires de solfège et de chant choral sous l’initiative de François Bazin (inspecteur en fonction de 1860 à 1878) qui dureront jusque dans les années 1960.

  

WILHEM

Guillaume-Louis Bocquillon, dit Wilhem, est l'un des premiers promoteurs de l'enseignement du chant dans les écoles primaires françaises et le fondateur de l'Orphéon. Il est né à Paris le 18 décembre 1781 et est mort dans cette ville le 26 avril 1842.

Jusqu'en 1815, on ne s'était guère imaginé que le chant dût jamais faire partie de l'enseignement des écoles primaires. La première idée en vint à Wilhem lorsqu'il eut connaissance des essais d'enseignement mutuel tentés par les fondateurs de la Société pour l'instruction élémentaire.

 « Isoler l'intonation de la durée fut la première idée lumineuse qui saisit M. Wilhem ; ensuite il inventa l'escalier vocal et une nouvelle main harmonique. Bientôt une autre conception non moins heureuse lui vint à l'esprit : diviser la méthode de chant en autant de degrés que les autres facultés de l'école était une condition ; il la remplit parfaitement, en prenant ces degrés dans les intervalles mêmes de l'échelle diatonique, nombre pour nombre. La tonalité et la connaissance des clefs musicales étaient d'autres points d'une haute difficulté pour nos écoles ; il imagina l'indicateur vocal, procédé ingénieux si bien en harmonie avec nos exercices, qui fait toucher au doigt l'explication des clefs, et qui apprend aux simples enfants à transposer sans peine, à distinguer tous les tons d'espèces différentes. » (Jomard.)

Le succès de Wilhem fut complet.

  

Médaille G.L.B. Wilhem. de Petit.

Société pour l'instruction élémentaire fondée en mai 1815 - chant scolaire 1819.

Attribué à Mr Lebeau Ainé en 1852

Dans beaucoup de classes, l’étude élémentaire de la musique est absolument ignorée. « C’était uniquement pour l’activité religieuse qu’à l’Ecole Normale on nous enseignait le plain-chant et quelques cantiques. » Clément Brun dans Trois plumes au chapeau.

Avec la troisième République, la pédagogie musicale scolaire devient un enseignement normal et d’initiation, intéressant toute la classe et pour tous les élèves, au même titre que le français ou le calcul, et obligatoire.

C’est le 23 juillet 1883 que sont arrêtés les programmes qui déterminent l’enseignement du chant dans les écoles.

« La musique est restée étrangère à nos mœurs et à notre tempérament, parce que la religion ne l’a pas sécularisée. Elle ne s’est pas mêlée à notre vie et n’a pas pénétré l’âme populaire, parce que la religion est restée, en sa forme comme en son fond, sacerdotale. L’émotion religieuse, de laquelle tous les autres grands enthousiasmes empruntent secrètement leur puissance, comment aurions-nous appris à l’exprimer par le chant, puisque de tout temps le culte nous déchargeait de ce soin, et par là privait l’individu de la ressentir fortement pour son propre compte ? » (Félix Pécaut, dictionnaire de pédagogie de Buisson)

La musique fait défaut. «Nos ressources musicales sont bien restreintes, toutefois nous n’en sommes pas entièrement dénués ; il y a certainement, dans les vieux airs rustiques de quelques-unes de nos provinces, une mine riche en précieux filons et qui n’a pas été exploitée. »

Les ouvrages qui se multiplient, s’adaptent davantage aux capacités et aux spécificités des élèves. Antoine Marmontel publie en 1886 un manuel scolaire La première année de musique qui bénéficie d’un succès commercial considérable.

  

- Anthologie du chant scolaire et post-scolaire, 1ère série Chansons populaires des provinces de France, Ile de France et Normandie. Heugel éditeur, 1926.

- Supplément au livre de musique de Claude Augé, librairie Larousse, 1941.

La première année de Musique, solfège et chants par Marmontel, Armand Colin et Cie éditeurs, 1897

Les programmes de 1923 marquent un renouveau des pratiques pédagogiques. Ils se fondent sur les travaux de Maurice Chevais et d’André Gédalge.

Trop souvent la musique est négligée dans nos écoles. Beaucoup de maîtres, qui se croient incompétents, ne donnent cet enseignement qu’à regret ou ne le donnent pas du tout. D’autres prennent pour un enseignement musical un enseignement théorique et abstrait qui ne tarde pas à enlever aux élèves la joie qu’ils éprouvaient à chanter. La nouvelle méthode consiste à faire l’éducation de la voix et de l’oreille avant de commencer l’étude théorique de la musique. C’est seulement quand l’enfant a appris à parler en entendant parler ses proches qu’on songe à lui donner connaissance, par l’apprentissage de la lecture, des signes graphiques.

« C’est par le chant que commencera cette éducation, par le chant, base et aboutissant de l’enseignement musical » écrit Maurice Chevais en préconisant l’usage du violon ou du piano, et en particulier, du nouvel instrument, le guide-chant. Ces instructions seront en vigueur jusqu’en 1972.

L’Anthologie du chant scolaire et postscolaire, est abondamment distribuée dans les écoles comme les manuels de Maurice Chevais.

Sur le terrain, d’autres instruments de musique apparaissent comme le pipeau, la flûte douce, les flageolets et les petites percussions (tambourin, maracas). Le phonographe entre également dans les écoles. « Que le disque vienne à notre secours : il nous permettra une interprétation intelligente. Il donne une idée aux élèves des grands chefs-d’œuvre, il apporte un modèle d’exécution de qualité, il rehausse et ravie le contenu des fêtes scolaires, » écrit l’inspecteur principal Jean-Jules Roger-Ducasse.

Le phénomène le plus marquant de l’entre deux guerres est l’apparition des fêtes scolaires. Elles ont souvent lieu sous le préau en présence du Maire et des conseillers municipaux. Une partie du répertoire pratiqué en classe, principalement folklorique, est retenue. D’une certaine manière, ces fêtes ont remplacé l’Orphéon municipal et joué un rôle assez similaire.

L’enseignement musical doit être donné, dans les écoles, par les instituteurs eux-mêmes. Cependant, les villes qui en font la demande sont autorisées à recruter des professeurs spéciaux. La ville de Paris en est un modèle du genre. Il peut arriver que, dans une école à plusieurs classes, un instituteur ou une institutrice, plus doué musicalement que ses collègues, assure l’enseignement musical dans tout l’établissement.

  

Programmes pour l’éducation musicale du 11 juillet 1922


-Section préparatoire : 6 à 7 ans

 Chants scolaires appris par audition.

-Section élémentaire : 7 à 9 ans

Chants scolaires appris par audition. Formation de la voix et de l’oreille ; Etudes des sons de la gamme, des intervalles simples, de la portée. Etude des durées : ronde, blanche, noire et silences correspondants. Mesure à 2, 3, 4 temps.

- Cours moyen : 9 à 11 ans.

Chants scolaires appris par audition. Exercices comportant de nouvelles valeurs (croches, double-croches, noire pointée et silences correspondants). La tonalité et les modes (majeur et mineur). Exercices de lecture : solfège et chant à une ou plusieurs voix.

- Cours supérieur : 11 à 13 ans.

Révision des notions théoriques acquises antérieurement. Notions élémentaires sur le rythme. Mesures composées, le triolet. Exercices de solfèges, chant scolaire, chant-choral à une ou plusieurs voix.


Horaires : 1 h 15 au cours préparatoire ; 1h pour les autres cours.

Disques 78 tours collection CEL et Scoladisque.

Phonographe pour disques 78 tours

Tourne disque Tepazze pour disques 33 tours et 45 tours

En 1945, l’étude de cinq chants patriotiques est obligatoire : La Marseillaise, La Marche lorraine, Le chant du départ, Le Chant des Girondins et Le chant des partisans. Avec deux chants populaires au choix, ils font partie des épreuves du certificat d’étude. En 1962, ils sont réduits à La Marseillaise et au Chant des partisans accompagnés d’un chant populaire à choisir entre  Ah ! dis-moi donc, bergère et L’Hiver sera bientôt passé. En 1965, ces deux chants sont remplacés par Quand le meunier est à moudre et Mon père et ma mère.

L’utilisation du disque se développe.

Selon Robert Planel l’entrainement vocal régulier est réalisé «en vue d’une formation chorale d’enfants et non destiné à révéler des solistes ». Pour lui une séquence d’éducation musicale doit être menée à partir de quatre activités principales : la culture vocale, la culture auditive, qui comporte trois étapes : faire entendre des sons et des rythmes, faire reproduire ces sons et ces rythmes, le chant, appris par audition, et l’audition commentée des chefs d’œuvre de la musique.

Les innovations apparaissent pendant les années soixante-dix avec l’avènement de la pratique instrumentale ; la flûte à bec et la percussion scolaire. Le chant est intégré au sein des activités d’éveil.

La radio scolaire est très utilisée par les instituteurs. Les recueils d’accompagnement permettent d’étudier les chants et récitations en dehors des horaires de diffusion. Ils sont des outils pédagogiques offrant un répertoire intéressant et important.

« La Radio scolaire apporte désormais à tous les élèves des écoles primaires les joies et les bienfaits de l’éducation musicale. Les jeunes des classes les plus isolées peuvent maintenant participer à d‘attrayantes et méthodiques leçons ». (Georges Favre)

Guide-chant J. Richard.

Nouvel outil pédagogique des années trente.

« Il nous est possible d’affirmer que les maîtres, quelles que soient leurs aptitudes musicales et leur préparation professionnelle, pourront donner un enseignement musical de valeur et conduire une sûre éducation artistique s’ils introduisent à l’école l’instrument qui rendra possibles les indispensables exercices de culture vocale et de formation de l’oreille : le guide-chant. Il sera le constant auxiliaire du maître.» Maurice Chevais.

Il disparaît dans les années soixante.

Deux siècles de musique à l'école

de Claire Fijalkow chez L'Harmattan