Le maître
L'école normale
Les écoles normales sont des établissements publics où les jeunes gens qui se destinent aux fonctions d’instituteur ou d’institutrice viennent compléter leur instruction et s’initier aux meilleures méthodes d’enseignement. Ces établissements ont donc un double caractère : ce sont à la fois, des maisons d’instruction proprement dite et des maisons d’éducation professionnelle.
Ecole normale d'institutrices de Rouen : l'extérieur, le dortoir, le réfectoire et le labo. (Album de photos de 1912)
Pour permettre aux élèves-maîtres de troisième année, de parfaire leur formation professionnelle, des « leçons modèles » sont organisées dans l’amphithéâtre. Devant une classe des écoles annexes ou d’application et en présence de l’instituteur, du professeur de la discipline concernée et du directeur, l’élève-maître donne sa leçon qui est ensuite critiquée.
L'amphithéâtre et l'école annexe de l'Ecole normale d'institutrices de Rouen.
Une classe d'application de l'Ecole normale d'instituteurs de Rouen
- Cahier Ecole Noramle
- Schéma de recrutement des instituteurs
- Carte d'E.N. avec
- Carte d'une promotion 1928-1931 E.N. d'Aix-en-Provence.
Exercices de dessin d'une élève-maîtresse en 1900
« Normale, du latin norma, règle.
Ces écoles doivent être en effet le type et la règle de toutes les autres. »
Lakanal
L’idée de formation des maîtres d’écoles
Un petit maître d’école, Jean Meslier, qui tient une école au faubourg Saint-Marceau à Paris, fait entendre sa plainte à propos des maîtres d’école incapables et ignorants : « C’est une chose bien estrange de voir en ville tant soit peu policée, que pour y faire des souliers, pour y tailler des habits, pour y forger des serrures et des clefs, il faille avoir fait son apprentissage sous quelque Maistre pendant plusieurs années, et avoir passé en suite par l’examen des plus Experts de la profession. Et pour la première instruction des Enfans qui est de si grande conséquence, qu’il soit permis à tous indifféremment de l’exercer ; et à des jeunes Gens qui sont sans expérience, et qui sont encor Escoliers pour la plupart, d’aller faire leur apprentissage et leurs coups d’essais aux dépens de ces pauvres petits. » …
« Le remède à ce mal comme à beaucoup d’autres, seroit celuy que j’ay dit, de prendre un quartier, y establir une bonne Escole, et puis travailler tout le mieux que faire se pourroit, pour donner un exemple, d’une instruction facile et naturelle qui fust sans contredit. »
L’idée d’un établissement destiné à former les maîtres d’école apparaît dès le XVIIe siècle.
Cette idée ne peut être réalisée sans l’appui de l’Eglise qui a en charge l’enseignement.
A Lyons, le prêtre Charles Démia formule que « Quelque soin que l’on prenne pour l’établissement des écoles qui sont utiles et nécessaires au public, l’on n’y réussira jamais à moins que l’on ait des bons maîtres pour les remplir, et l’on n’en aura jamais de bons à moins qu’ils n’aient été formés et stylés dans cette fonction ». Soutenu par l’Archevêque de Lyon, il crée, en 1671, une communauté, le séminaire de St Charles, pour former les maîtres-hommes et quelques années plus tard, pour les institutrices, un établissement analogue, la communauté de Saint-Charles. Jean-Baptiste De La Salle pour donner une formation aux jeunes Frères des écoles chrétiennes, ouvre en 1687 à Reims, un noviciat qui complète le séminaire de maîtres laïcs pour la campagne, instauré à la même époque. Les maîtres de campagne ne font pas partie de la communauté des Frères. Ceux-ci, en effet, n’enseignent qu’en ville, n’exercent jamais seuls et, surtout, n’assument pas d’autres fonctions.
Les projets des Révolutionnaires
A la Révolution, la suppression de la dîme et des droits ecclésiastiques, la confiscation des biens de fondation, la destruction des ordres religieux, l’obligation du serment surtout, ont amené la disparition de la plupart des écoles. On cherche partout des maîtres d’école et le problème de leur formation devient urgent.
C‘est d’abord un alsacien, Mathieu, qui présente un plan d’éducation où il demande l’établissement de séminaires pour instruire les futurs maîtres dans l’état si difficile de former des hommes.
A la Législative, deux conceptions d’école normale s’affrontent : - l’une propose une école nationale, centrale, unique présenté par Bourdon le 25 novembre 1791 (germe de l’école normale de l’an II) ; - l’autre préconise l’école départementale à l’image de celles qui fonctionnent à l’étranger, adressée au Comité le 14 mars 1792 par Antoine Dorsch, citoyen de Strasbourg.
Condorcet dans son rapport, soutient la deuxième proposition : Il y aura provisoirement dans chaque institut un cours où les personnes qui se destinent aux places d’instituteurs des écoles primaires et des écoles secondaires seront formées à une méthode d’enseignement simple, facile et à la portée des enfants, où elles apprendront à faire usage du livre qui doit leur servir de guide. L’Assemblée législative disparaît et rien n’est fait.
Lié avec quelques membres du Comité d’instruction publique, Jean Frédéric Simon de Strasbourg (grammairien et pédagogue alsacien, collaborateur de Basedow au Philanthropinum de Dessau), propose une nouvelle méthode qui n’est autre que celle de Basedow (théologien et philosophe allemand, a fondé à Dessau en 1774 le Philanthropinium, établissement destiné à expérimenter ses idées pédagogiques), basée sur un livre élémentaire. « Un certain nombre d’instituteurs, qui auraient donné des preuves de leur capacité et de leur aptitude pour la nouvelle méthode, formeraient un conseil d’instruction publique… Ce conseil ouvrirait une école normale, il enseignerait un certain nombre d’enfants, en présence de candidats qui se destineraient à l’instruction, et les mettrait en état de saisir sa méthode et de la démontrer avec facilité. Après avoir été témoins oculaires pendant quelque temps, les candidats feraient des essais eux-mêmes sous la direction des membres du conseil… Les candidats d’instruction publique, après avoir donné des preuves de leur intelligence pour ces deux degrés, (un deuxième degré de perfectionnement est prévu) et mérité la satisfaction du conseil, retourneraient dans les chefs-lieux de leurs départements, y établiraient ensuite une école normale pour y former le nombre d’instituteurs qu’exigent les localités.» Ce plan est une combinaison des deux conceptions présentées à la Législative. Simon prévoit que « personne ne pourra remplir les fonctions d’instituteur public, sans être muni d’un certificat du chef de l’école normale, qui prouve sa capacité et qui atteste qu’il a terminé son cours de méthode à ladite école. » C’est le système qui existe en Autriche.
Le fait est, que dans le premier projet sur l’instruction publique présenté par Lakanal à la Convention, il n’y est pas question d’écoles pour former des instituteurs. Néanmoins, l’idée de ces écoles fait son chemin et se retrouve dans le projet de décret sur l’école normale, présentée en 1793, par Léonard Bourdon : « Nous sommes dans le plus grand embarras pour avoir quant à présent de bons instituteurs : il faut y suppléer en encourageant les hommes de génie à nous donner de bons livres élémentaires qui dirigent les instituteurs. Nous avons encore un autre moyen que je crois très efficace, le voici : ce serait d’établir à Paris, deux écoles pour former des instituteurs pour le 1er et 2e degré d’instruction, des écoles normales. »
Des expériences malheureuses
La loi du 8 pluviôse an II (27 janvier 1794) prescrit l’enseignement du français obligatoire. En Alsace, malgré tous les efforts des autorités, on trouve peu d’instituteurs. Jean-Frédéric Simon est autorisé à ouvrir à Strasbourg, le 29 ventôse an II (19 mars1794), une école normale destinée à former des maîtres de langue française. Très critiqué par les administrateurs locaux, privé de traitement et dépourvu d’élèves, il est obligé de fermer son école au bout d’à peine une année.
Le Comité d’instruction publique, tenu en bride par le Comité de salut public, rédige en vain de nouveaux projets, dans lesquels l’école normale apparaît. Dans celui du 1er prairial an II (20 mai 1794), on prévoit que chaque district envoie 4 citoyens à Paris pour y suivre pendant 2 mois des leçons préparant aux fonctions d’instituteurs. Après quoi ils retourneront dans leurs districts et ouvriront des écoles publiques d’instruction, où ils répéteront la méthode d’enseignement reçue à Paris.
Quand commence la réaction thermidorienne, Lakanal devient président du Comité d’instruction publique. C’est à ce moment que la Convention prend connaissance d’une expérience réalisée dans les Vosges. Dans le procès-verbal du 16 fructidor an II (2 septembre 1794) on lit : Dans le département du Bas-Rhin, il y a une vallée dite du Bande-la-Roche, composée de plusieurs communes dans lesquelles on ne parlait qu’un patois que l’on ne comprenait plus hors de la vallée. Un vieillard respectable, père d’une nombreuse famille, nommé Stouber, s’est dévoué à donner à ces citoyens les moyens de communiquer avec les autres hommes. Pour arriver à ce but, il créa une école d’instituteurs destinés à apprendre le français aux bons habitants de cette vallée. Les soins de Stouber n’ont pas été infructueux ; il est parvenu à faire apprendre à la jeunesse à lire et à écrire en français. Stouber avec son successeur et ami Oberlin ont porté leurs soins plus loin. Ils ont enseigné aux jeunes gens du Ban-de-Roche les éléments de physique et d’astronomie, de la botanique, de la musique, et beaucoup d’autres connaissances utiles à l’homme social ; et ce brave homme se croirait offensé si on lui offrait une récompense pécuniaire.
Cet exemple redonne espoir à la Convention qui donne, le jour de la 4e sans-culottide an II (20 septembre 1794), l’ordre suivant : La Convention nationale, voulant accélérer l’époque où elle pourra faire répandre dans toute la République l’instruction d’une manière uniforme, charge son comité d’instruction publique de lui présenter dans deux décades un projet d’école normale, où seront appelés de tous les districts des citoyens déjà instruits, pour leur faire apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres de connaissances humaines, l’art d’enseigner les sciences utiles.
Le 3 brumaire an III (24 octobre 1794), rapport et décret sont lus à l’Assemblée par Lakanal. Il sera établi à Paris une école normale où seront appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres l’art d’enseigner… les élèves formés à cette école républicaine rentreront, à la fin du cours, dans leurs districts respectifs : ils ouvriront, dans les trois chefs-lieux de canton désignés par l’administration de district, une école normale, dont l’objet sera de transmettre aux citoyens et aux citoyennes qui voudront se vouer à l’enseignement public, la méthode d’enseignement qu’ils auront acquise dans l’Ecole normale de Paris.
Le projet n’est autre que celui de prairial modifié par Lakanal et Garat. Il est voté par la Convention sans examen approfondi, ni au point de vue pédagogique, ni au point de vue financier.
L’Ecole normale de l’an III ouvre donc ses portes, le 1er pluviôse an III (20 janvier 1795), pour une durée de quatre mois au Muséum d’Histoire Naturelle dont l’amphithéâtre peut contenir 600 à 700 élèves alors qu’il y en a 1400. Elle a des maîtres excellents, mais ce ne sont pas ceux qu’il aurait fallu. Lagrange expose la théorie des équations, Monge enseigne la géométrie descriptive, Berthollet se consacre aux dernières découvertes de la chimie… Elle a beaucoup d’élèves, mais ce ne sont pas les jeunes gens qui devraient régénérer les écoles primaires. Des leçons magistrales très au dessus du niveau de la plupart des élèves, une masse d’élèves fort hétérogène, des locaux nettement insuffisants sont sans doute les causes profondes de l’échec de ce cours normal. L’école normale ferme ses portes le 30 floréal an III (19 mai 1795). Après cet échec, l’idée des écoles normales reste en suspend.
Fourcroy se garde d’en conclure que l’idée d’une école normale, d’une école d’instituteurs ne soit point favorable aux progrès de la raison : ne craignons pas d’avancer ici qu’elle est un des plus sûrs moyens de réaliser les établissements particuliers d’instruction chez un grand peuple : osons même prévoir qu’elle sera représentée aux méditations des législateurs, et qu’établie sur d’autres bases que celles qu’on lui avoit données dans ce premier essai, elle deviendra la véritable et la seule, pépinière des instituteurs des écoles primaires, et même des professeurs des écoles centrales.
Les classes normales
Le coup d’état de Brumaire, remet en question la création de « cours normaux » dans les départements proposés par François de Neufchâteau, ministre de l’intérieur.
Les écoles primaires désormais ne sont plus une affaire d’Etat. Le gouvernement les abandonne aux initiatives des communes car il se trouve dans la véritable impossibilité de payer les maîtres sur les fonds publics. Fourcroy rajoute : L’expérience de ce qui se faisoit autrefois l’a convaincu qu’il faut en confier le soin aux administrations locales, qui ont un intérêt direct, et qui en feront, dans chaque commune, une affaire de famille.
Des appels divers demandant qu’on songe au moyen de tirer les écoles de leur misère finissent par être entendus. Fourcroy, maintenant directeur de l’instruction publique, et à qui l’ l’Empereur confie la rédaction du projet organisant l’Université Impériale, le prévoit dans le décret du 17 mars 1808.
Il sera pris par l’Université des mesures pour que l’art d’enseigner à lire, écrire et les premières notions du calcul dans les écoles primaires ne soit exercé désormais que par des maîtres assez éclairés pour communiquer facilement et sûrement ces premières notions à tous les hommes.
A cet effet, il sera établi auprès de chaque Académie et dans l’intérieur des collèges ou des lycées, une ou plusieurs classes normales destinées à former des maîtres pour les écoles primaires. On y exposera les méthodes les plus propres à perfectionner l’art de montrer à lire, à écrire et à chiffrer.
Mais aucun décret organique ne vient amorcer la réalisation pratique de cette décision. On compte surtout sur les frères des écoles chrétiennes dont les statuts sont approuvés le 4 août 1810.
A la Restauration, Fourcroy est éliminé de la nouvelle Université impériale et l’école normale reste encore un simple projet.
Cependant, en 1810, lorsque le Préfet Adrien de Lezay-Marnésia, ami du pédagogue suisse Pestalozzi, arrive en Alsace, il s’empresse d’ouvrir une classe normale au lycée impérial. Le 1er octobre 1811, Fontanes, Grand-Maître de l’Université, contresigne l’arrêté. Pour y entrer, il faut être âgé de seize ans au moins, et trente ans au plus, savoir au moins lire et écrire correctement la langue allemande et posséder les quatre premières règles de l’arithmétique ; avoir été vacciné ou avoir eu la petite vérole ; avoir un trousseau convenable et décent. Il faut en outre être proposé par le maire de la commune d’origine. Les dépenses d’instruction et d’entretien dans l’école sont allégées par l’obtention de bourse. Le cours complet est de trois ans. L’emploi du temps comporte : le calcul, la langue française et allemande, l’écriture, l’instruction religieuse, la musique, des notions d’éducation physique, d’agriculture et de sciences (hygiène, maladies épidémiques), la pédagogie. L’histoire, la géographie, la physique et la chimie, intégrées aux mathématiques viennent compléter la formation ensuite.
La première école mutuelle, ouverte le 13 juin 1815, rue Saint-Jean-de-Beauvais à Paris, devient une école modèle qui doit permettre l’ouverture d’autres écoles mutuelles grâce à la formation de moniteurs compétents. Rapidement, elle ne peut plus faire face à la demande de centaines de communes qui envisagent d’y envoyer l’un des leurs pour être instruit dans cette nouvelle méthode.
L’ordonnance du 29 février 1816, recommande, de favoriser dans les grandes communes, autant qu'il sera possible, les réunions de plusieurs classes sous un même maître et plusieurs adjoints, afin de former un certain nombre de jeunes gens dans l'art d'enseigner. Il sera fait annuellement, par notre trésor royal, un fonds de cinquante mille francs pour être employé par la Commission de l'instruction publique,…, à établir temporairement des écoles modèles dans les pays où les bonnes méthodes n'ont point encore pénétré.
La première école modèle est fondée à Amiens suivie de quelques autres.
En 1817, un cours normal est ouvert pour les institutrices à l’école de la Halle-aux-Draps à Paris.
A l’arrivée des ultraroyalistes, le premier acte important de l'administration de Frayssinous est, à la date du 7 septembre 1822, la suppression de l'Ecole normale de Paris, que devaient remplacer les écoles normales partielles d'académie instituées par l'ordonnance du 27 février 1821. Après avoir remplacé les Ecoles normales par des Ecoles partielles, il doit revenir sur cette mesure en 1826 et les reconstituer sous le nom d’Ecole préparatoire.
Au retour des libéraux, l’ordonnance du 21 avril 1828 décide l’organisation de classes normales dans chaque département.
Le ministre de l’instruction publique, le comte de Vatisménil, conseille aux recteurs : « Je ne puis trop vous recommander de travailler à former, dans une des principales communes de votre académie, une classe normale, à l’imitation de celle qui a si bien réussi à Strasbourg. »
Entre 1828 et 1829 se créent onze nouvelles écoles à Mirecourt (Vosges), à Toul (Meurthe), à Charleville (Ardenne), à Dijon, à Saint-Rémy (Haute-Saône), à Comtefontaine (Jura), à Orléans, Bourges, Salers, Ajaccio et Rouen.
« Les instituteurs sont généralement d’honnêtes gens, simples et dignes dans leur vie ; ils savent écrire et calculer, mais il en est beaucoup qui lisent mal. La plupart suivent encore les traditions du moyen âge le plus lointain. Ils ne parlent pas en lisant, ils chantent. Ils ne peuvent faire comprendre ce qu’ils lisent.» rapporte le Préfet au Conseil général des Deux-Sèvres.
Les écoles normales deviennent indépendantes
Préparée par Ambroise Rendu, paraît le 11 mars 1831, une ordonnance royale qui prescrit la création à Paris d’une école normale destinée à former des instituteurs primaires pour l’Académie de Paris ; à éprouver ou vérifier les nouvelles méthodes d’enseignement applicables à l’instruction primaire. Elle est inaugurée à Versailles, le 1er décembre 1831, par Montalivet, nouveau ministre.
Mais c’est la loi du 28 juin 1833 de Guizot qui fait des écoles normales des établissements spéciaux, indépendants.
Tout département sera tenu d’entretenir une Ecole normale primaire, soit par lui-même, soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins. Les Conseils généraux délibéreront sur les moyens d’assurer l’entretien des écoles normales.
Un grand nombre d’écoles s’ouvre.
Malheureusement la loi du 15 mars 1850, dans l’intention de favoriser le développement des écoles congréganistes, marque un mouvement en arrière.
Tout département est tenu de pourvoir au recrutement des instituteurs communaux, en entretenant des élèves-maîtres, soit dans les établissements d’instruction primaire désignés par le Conseil académique, soit aussi dans l’Ecole normale établie à cet effet par le département.
Les Ecoles normales peuvent être supprimées par le Conseil général du département ; elles peuvent l’être également par le Ministre en conseil supérieur, sur le rapport du Conseil académique…
3ème République
Il ne fallut pas moins d’un siècle pour édifier dans tous les départements une Ecole normale d’instituteurs et une Ecole normale d’institutrices. Paul Bert en est l’artisan avec la loi du 9 août 1879.
Tout département devra être pourvu d’une Ecole normale d’instituteurs et d’une école normale d’institutrices, suffisantes pour assurer le recrutement de ses instituteurs communaux et de ses institutrices communales.
Ces établissements devront être installés dans le laps de quatre ans, à partir de la promulgation de la présente loi.
Cette loi comble une lacune signalée depuis longtemps ; elle consacre le devoir de l’Etat et pour les départements de prendre des mesures efficaces et régulières pour que le recrutement du personnel scolaire ne s’opère plus dans des conditions variables et précaires.
Par la loi du 16 juin 1881, le prix de pension dans les Ecoles normales est supprimé. Ainsi, la distinction qui existait entre élèves payants et les élèves boursiers disparaît.
Une école primaire, dans laquelle les élèves s’exercent à la pratique de l’enseignement, est annexée à chaque école normale. Il y a, en outre, auprès de chaque école normale d’institutrices, une école maternelle.
A la fin du XIXe siècle, il convient d’abord de réussir à imposer la nouvelle école républicaine, dans un pays où l’emprise religieuse était considérable, où le sentiment national est humilié par la défaite de 1870 et l’occupation d’une partie du territoire.
La durée des études est de trois ans.
Pour être candidat il faut obéir à certaines conditions :
- avoir 16 ans au moins, 18 ans au plus.
- avoir le B.E.
- signer un engagement décennal.
- subir une visite médicale.
Une enquête discrète est effectuée sur la moralité, la tenue du candidat. La dispense du service militaire cesse en 1889.
Tous les élèves-maîtres sont désormais recrutés par concours et font l’objet d’une même égalité de traitement.
Ecoles normales d'instituteurs de Rouen : plan et façade, la bibliothèque et la salle d'études
D’où viennent-ils ?
Le recrutement de l’Ecole normale est essentiellement rural.
Un instituteur qui décèle un bon élève dans sa classe, persuade la famille d’en faire un instituteur. L’élève peut alors aller dans une E.P.S., après avoir passé le concours des bourses, ou bien l’instituteur l’envoie dans un pensionnat, où l’instituteur garde l’élève auprès de lui jusqu’à l’âge requis pour le concours, l’amène au B.E. tout en l’associant plus ou moins à son travail pédagogique.
D’année en année, ils viennent de plus en plus des E.P.S. et des C.C.
Les élèves maîtresses sont plutôt d’origine urbaine ou semi-rurale.
Les études ainsi que le prix de la pension, sont gratuites suite à un engagement professionnel décennal.
Précédemment la pension, payée par les familles très modestes, pouvait être diminuée par l'obtention d'une portion de bourse suivant les résultats scolaires.
Le régime monacal est remplacé par un internat. L’emploi du temps n’a guère changé ; « le levé est fixé à cinq heures en été et à six en hiver, le coucher à neuf heures. » l’épaisse soupe du petit déjeuner est servie seulement après deux heures d’étude à jeun.
Les normaliens doivent porter un uniforme strict à casquette et longue redingote noire à liseré violet. Les normaliennes sont vêtues d’une longue robe noire à col montant. Le port de ces uniformes est abandonné après la Première guerre mondiale.
A sa sortie de l’EN, l’élève maître est nommé instituteur stagiaire. Après deux ans de stage au moins, il devient instituteur titulaire : soit adjoint dans une école à plusieurs classes ou titulaire dans une école de campagne, s’il est pourvu du C.A.P.
Il est possible de devenir instituteur, en possédant le B.E., après un certain nombre d’années de stage, on devient titulaire.
Jusqu’à la Seconde guerre mondiale, les normaliens effectuent trois ans d’études, ponctuées par l’obtention du Brevet supérieur.
Le gouvernement de Vichy procède à la fermeture des Ecoles normales. Les normaliens intègrent les lycées pour y préparer le baccalauréat. Une année de stage professionnel ponctue cette formation.
Les Ecoles normales sont réouvertes dès le 10 septembre 1944. Il est ajouté une année de formation professionnelle aux trois ans préparant le baccalauréat.
En 1969, la formation professionnelle est portée à deux ans. A la rentrée de septembre 1973, les classes préparatoires au baccalauréat sont supprimées ce qui entraîne la fermeture des internats normaliens.
Les écoles normales deviennent mixtes. En 1982, la durée de la formation est portée à trois ans.
Les « pies », c’étaient les normaliennes. Elles devaient ce surnom à l’aile blanche qui, sur leur chapeau, égayait leur « robe de costume » entièrement noire, garnie dans le bas d’une sorte de ruche lourde dont elles se seraient bien passées.
(La fête des écoles, Georges Coulonges)
La formation des institutrices avant la loi Paul Bert
L’enseignement des jeunes filles était essentiellement donné par des religieuses qui étaient dispensées par la lettre d’obédience de produire un brevet élémentaire. Cependant, on trouvait des institutrices laïques dans de rares écoles de filles. Les raisons tenaient essentiellement que les communes rurales étaient trop pauvres pour entretenir deux écoles, on s’en tenait à l’école mixte malgré les recommandations du clergé et que l’éducation des filles pouvait être ressentie comme inutile. Les habitudes sociales faisaient que les filles restaient à la maison ou allaient chez les sœurs.
Pour former des institutrices laïques des cours normaux furent créés à partir des années 1840. Ils étaient, la plupart du temps, intégrés dans des pensionnats religieux ou des pensions. Les élèves-maîtresses étaient boursières du département et de l’Etat. La situation variait d’un département à un autre car il fallait composer avec les congrégations qui tenaient les meilleurs pensionnats. Un traité, négocié par le préfet, fixait le nombre et les obligations matérielles vis-à-vis des boursières et la durée de leurs études. Les études duraient deux ans, puis portées à trois ans.