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 Education physique

La gymnastique


« Les élèves seront instruits dans les exercices les plus propres à entretenir la santé et à développer la force et l’agilité du corps. En conséquence, les garçons seront élevés aux exercices militaires… On les formera, si la localité le comporte, à la natation… Il sera publié des instructions pour déterminer la nature et la distribution des autres exercices gymnastiques propres à donner au corps de la force et de la souplesse, tels que la course, la lutte, etc…(décret du 27 brumaire an III)

Depuis ce temps, l’éducation physique a cessé de faire partie des programmes scolaires jusqu'au Second Empire.


Sous l'influence des idées de Pestalozzi, Clias introduit vers 1815 l'enseignement de la gymnastique dans les écoles de la Ville de Paris. Sa méthode est plus pédagogique et plus esthétique que celle d'Amoros (gymnastique militaire), elle se met à la portée des faibles. Cet enseignement est interrompu en 1833.

Les seuls ouvrages autorisés pour le service de l’instruction primaire, en 1835, sont les deux volumes du manuel de gymnastique d’Amoros.

Falloux, dans sa loi de 1850, indique que l’enseignement primaire peut comprendre la gymnastique.

Victor Duruy, ministre de l’instruction publique, organise en 1869, la gymnastique dans tous les établissements publics d’instruction. C’est la méthode du colonel Amoros qui sert de modèle.

L’enseignement de la gymnastique est peu appliqué dans les écoles primaires dû notamment aux locaux, à l’achat des appareils et agrès indispensables et à l’incompétence des maîtres.

Les massues et les haltères font partie des engins peu coûteux pour la gymnastique

Gymnase normal militaire et civil d'Amoros.

Dessin de Marlet, 1832.

L’enseignement de la gymnastique est peu appliqué dans les écoles primaires dû notamment aux locaux, à l’achat des appareils et agrès indispensables et à l’incompétence des maîtres.

Après la défaite de Sedan le 1er septembre 1870 et la capitulation de Napoléon III, la 3ème république est proclamée. Une période de mobilisation revancharde s'installe, on assiste à la montée d'une ambiance militaire et d’un patriotisme exacerbé. Le manque de préparation physique, morale et intellectuelle est invoqué pour expliquer cette défaite.

Jules Simon lance des circulaires pour attirer l'attention sur les bienfaits des exercices physiques.

La loi du 27 janvier 1880 déclare: "l'enseignement de la gymnastique est obligatoire dans tous les établissements d'instruction publique de garçons. Elle prévoit que seront enseignés les exercices sans appareil et les exercices militaires élémentaires.

Afin de préparer le personnel enseignant à donner convenablement l’enseignement gymnastique, des cours spéciaux sont organisés, pendant les vacances, dans toutes les écoles normales, à l’usage des instituteurs non encore familiarisés avec cet enseignement.

Il  se produit en France un mouvement important en faveur des exercices physiques.

En 1881, le ministère de l’instruction publique fait paraître un manuel de gymnastique et des exercices militaires pour les élèves des écoles primaires. Cet ouvrage émanant de l’école de Joinville peut être considéré comme le premier texte réglementant l’enseignement de la gymnastique à l’école. D’un point de vue pédagogique, tous les élèves font le même mouvement en même temps, tous sont ainsi mieux contrôlés. « Il est indispensable d’établir une discipline et des commandements militaires afin de pouvoir faire exécuter en même temps la plupart de exercices élémentaires »Clias.

Pour compléter cette formation sont créés en 1882 les bataillons scolaires.

L’école propage des valeurs républicaines fondamentales : le patriotisme, le nationalisme, la liberté, l'égalité, le civisme mais aussi la discipline et le respect de l'autorité. En ce sens on peut dire que la gymnastique de cette fin du 19ème siècle représente un instrument idéologique et participe à une politique d'ordre moral de la jeunesse.

Les instructions de 1887  précisent: "l'école doit faire aux exercices du corps une place suffisante pour préparer et prédisposer les garçons aux travaux de l'ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme".

  

Manuel de gymnastique à l'usage des écoles primaires et secondaires de filles et des écoles normales primaires d'institutrices, Ministère de l'Instruction Publique, librairie Hachette, 1883

Sur l’initiative de Marey et avec l’appui de Buisson, directeur de l’enseignement primaire, une commission est formée en 1887 pour réviser les manuels de gymnastique scolaire.

Les nouveaux programmes de l’enseignement de la gymnastique sortent le 8 août 1890 ; le temps consacré chaque jour aux exercices physiques doit être de deux heures, sur lesquelles on conservera à la gymnastique une demi-heure au moins pour les enfants au-dessous de dix ans, trois quarts d’heure au moins pour les enfants au-dessus de dix ans.

Le nouveau manuel parait en 1891 ; il combine deux méthodes, la gymnastique proprement dite et les jeux libres. La commission a réduit le nombre des appareils et des agrès inutiles ou dangereux. Elle a supprimé les exercices militaires car elle pense qu’il suffirait de donner à l’armée des jeunes gens alertes, vigoureux, hardis et que l’armée se chargerait d’en faire rapidement des soldats disciplinés et exercés. En revanche, elle a introduit dans son programmes différentes sortes de sport, très en honneur chez quelques-uns de nos voisins, trop délaissés chez nous, tels que le canotage, l’escrime, la natation, et d’autres plus à la portée des élèves des écoles primaires, tels que la boxe, le bâton et la canne.

La gymnastique n’a plus pour but « l’acquisition exclusive de la vigueur musculaire et la préparation à la défense nationale », mais « une contribution au travail intellectuel, à l’éducation morale, au développement corporel à la santé, à l’hygiène et corriger les attitudes défectueuses.

A côté de cette gymnastique militaire, des précurseurs d’autres méthodes d’éducation physique se font connaître. Ils donneront naissance à la « méthode française d’éducation physique ».

Une commission est chargée, en 1904, d’unifier les procédés d’éducation physique actuellement en usage dans l’armée, dans l’Université et dans les sociétés civiles de gymnastique.

Médaille de la ville de Moulins - Fêtes nationale du 14 juillet - Ecoles communales - gymnastique.

Attribuée à Marie Marchal en 1885.

Cours complet d'éducation physique à l'usage de la jeunesse des écoles,

- Hygiène et physiologie

- Gymnastique Suédoise

- Jeux et sports

par Raoul Fabens et L.G. Kumlien, librairie Armand Colin, 1921.

La méthode d’Amoros (gymnastique d’agrès)


Le colonel espagnol, naturalisé français, Amoros (1770-1848), proclame que la gymnastique doit non seulement développer les qualités corporelles, mais améliorer les mœurs et les sentiments, et préconise le contrôle des résultats par « le signalement du corps de l’enfant et la mesure de sa force ». Cette technique introduite en France en 1815, a constitué l’enseignement de l’école de Joinville jusqu’en 1903, et par l’influence de ses instructeurs, celui de l’armée, des lycées et des écoles.

On lui reproche d’avoir pour fin presque unique le développement des muscles, l’acquisition de la force plutôt que de la santé. Elle est difficile à pratiquer hors des écoles spécialisées et sans maîtres entraînés. Elle ne peut être pratiquée à la fois que par un très petit nombre d’enfants, elle développe l’esprit d’émulation, mais nullement l’esprit d’équipe.

Philippe TISSIE (1852-1935)


Pour une gymnastique rationnelle (méthode suédoise) et les jeux scolaires.

Tissié est le père d’une « gymnastique construite »sur un modèle mécanique et anatomique.

Médecin il s'inscrit dans le mouvement de réaction contre l'organisation de la gymnastique militaire à l'école (campagne des hygiénistes 1887-1888).

Il créé en 1888 la Ligue Girondine d'Education Physique, celle-ci se fixe comme objectif de développer la force et l'adresse des enfants et des adolescents par des récréations actives, des jeux de plein air et des exercices sportifs. En 1890 ont lieu à Bordeaux les premiers lendits : rassemblements festifs des écoliers en plein air pour des vastes représentations de mouvements d'ensemble et de jeux. Tissié souligne la valeur éducative des jeux (avec le manuel d’exercices gymnastiques et de jeux scolaires de 1891, ces derniers font leur apparition dans un programme scolaire). Il fera également appel à la psychologie et à la sociologie naissante pour introduire les jeux sportifs dans sa conception de l' Education Physique.

Manuel d'exercices gymnastiques et de jeux scolaires, Armand Colin, 1895.


Manuel d'exercices physiques et de jeux scolaires, Hachette,1911

Georges DEMENY (1850-1917)


Pour une méthode scientifique et éclectique

Universitaire et gymnaste, Demeny est le père d’une « gymnastique fonctionnelle » bâtie sur un modèle énergétique et physiologique.

En 1887 il est rapporteur de la Commission de réforme de la gymnastique au ministère de l'instruction publique. A ce titre il est le premier représentant universitaire à donner une orientation pédagogique et hygiénique à l'éducation physique.

En 1891 il participe à la rédaction du Manuel de Gymnastique et de Jeux Scolaires qui remplace celui de 1881, il y distingue une gym de développement et une gym d'application (fonctions physiologiques). Il prône une gymnastique du mouvement se démarquant du statisme de la méthode suédoise.

C'est une méthode éclectique dont les finalités se résument en 4 termes: Santé, Beauté, Adresse, Virilité. Cette méthode est une synthèse des différentes activités physiques proposées à l'époque : sport anglais (surtout l'athlétisme), gymnastique suédoise, gymnastique avec appareil.

Il participe également à la commission de 1904 pour l’unification des méthodes dans les écoles, les gymnases et le régiment, qui établit un nouveau manuel d’exercices physiques et de jeux scolaires.

PROGRAMMES DE L’ENSEIGNEMENT DE LA GYMNASTIQUE DANS LES ETABLISSEMENTS DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.

(Arrêté du 8 août 1890.)



ECOLES MATERNELLES ET CLASSES ENFANTINES


1re section (de 2 à 4 ans). – Rondes, marches, jeux variés (balle, cerceau), mouvements rythmiques, jeux mimiques accompagnés de chants.


2e section (de 4 à 6 ans). – Continuation des exercices précédents. – Jeux variés (corde, balle, cerceau, etc.) – Premiers exercices d’ordre (formation de rangs, marches, ruptures et rassemblements).


3e section (classes enfantines) [de 6 à 8 ans]. – Continuation et perfectionnement des exercices précédents. – Jeux variés (corde, balle, cerceau, etc.). – Premiers exercices d’ordre (formation des rangs, marches, ruptures et rassemblements, etc.) (2).


(1)On suivra pour les exercices gymnastiques le manuel publié par le Ministère de l’Instruction publique.

(2)On se conformera, pour le temps à consacrer aux exercices corporels à l’école maternelle, aux dispositions du règlement général sur ces sortes d’établissements.



ECOLES PRIMAIRES ELEMENTAIRES DE GARCONS ET DE FILLES


Le temps consacré chaque jour aux exercices physiques doit être de deux heures, sur lesquelles on réservera à la gymnastique une demi-heure au moins pour les enfants au-dessous de dix ans, trois quarts d’heure au moins pour les enfants au-dessus de dix ans. Ce temps serait avantageusement reparti en deux séances. Les travaux manuels pas plus que les exercices militaires spéciaux (maniements d’armes) ne pourront être considérés comme leçons de gymnastique.


ECOLES DE GARCONS


COURS ELEMENTAIRE.

Evolutions. – Premiers mouvements rythmés. – Jeux variés (corde, balle, cerceau, etc., et jeux impliquant l’action de courir. – Premiers exercices d’ordre. – (Formation des rangs, marches, ruptures et rassemblements, etc.). – Sauts divers, à l’exclusion du saut en profondeur.


COURS MOYEN.

Jeux. – Mouvement élémentaires sans appareils. – Continuation des exercices d’ordre. – Marches rythmées. – Doublement. – Dédoublement. – Mouvements élémentaires de la boxe française. – Planche d’assaut. – Natation.


COURS SUPERIEUR.

Jeux. – Promenades scolaires. – Continuation des exercices indiqués pour le cours moyen. – Evolutions à la marche cadencée. – Mouvements d’ensemble avec instruments appropriés à l’âge des enfants. – Suite des exercices de boxe. – Bâton, canne. – Exercices deux à deux avec cordes ou barres. – Exercices aux échelles (échelle horizontale, échelle inclinée, échelle avec planche dorsale, échelles jumelles) (1). – Perches verticales fixes par paire. – Poutre horizontale. – Mât vertical.

(1)Deux échelles spéciales suffisent pour réaliser les principaux exercices.


ECOLES DE FILLES


Mêmes exercices que dans les écoles de garçons, à l’exception de la boxe, du bâton et de la canne, qui seront remplacés par la danse et des jeux spéciaux.

Instruments et appareils de gymnastique pour les écoles primaires élémentaires.


Garçons.


Barres en bois.

Perches verticales.

Echelles horizontales (5 mètres).

Grande corde lisse (10 mètres).

Poutre horizontale.

Sautoir avec niveau et cordeau.

Sangles ou chevalets pour exercices préparatoires de natation.


Filles.


Barres en bois.

Perches verticales fixes ou mobiles par paires.

Echelles horizontale (5 mètres).

Poutre horizontale.

Sangles ou chevalets pour exercices préparatoires de natation.

Cordes à sauter (petites et grandes).


Jeux.


Raquettes ou tambourins.

Ballons.

Balles.

Volants.

Cordes à sauter.

Tir à l’arc ou au javelot.

Jeu de grâce et de cornet.

Jeu de boules et de quilles.

Précis de gymnastique rationnelle de développement de plain pied et à mains libres, gymnastique scolaire éducative, gymnastique d'entraînement militaire, gymnastique hygiènique de chambre, par le Dr Philippe Tissié, 1905, Paris Ch. Gaulon et fils.

Napoléon Laisné (1811-1896)

Sa méthode se différencie de celle d'Amoros et de Clias, selon les élèves auxquels elle s'adresse. Pour les scolaires, la gymnastique définie comme un devoir, fait appel à la volonté sans exclure complètement "la forme de l'amusement et du plaisir". Cette gymnastique utilise surtout des exercices "sans machine ni instruments".