Post et périscolaire
La coopérative scolaire
L’apparition des courants coopératifs, mutualistes et associatifs marque la fin du XIXème siècle. C’est tout naturellement dans cette mouvance que la coopération scolaire va, au fil des ans, trouver sa place. Les années qui suivent la promulgation des lois Jules Ferry déclarant l’école publique laïque et gratuite voient naître les premiers essais de coopératives scolaires. En 1899, un appel lancé en faveur de la coopération scolaire dans l’Almanach de la Coopération Française la fait reconnaître. Le vote de la loi de 1901 va officialiser le droit de s’associer et favoriser l’essor des associations « à but non lucratif ». En 1922, alors que le mouvement associatif est essentiellement représenté par la Ligue de l’Enseignement fondée par Jean Macé, une Commission Nationale de l’Enseignement de la Coopération est créée par la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation. Deux courants s’opposent alors : Emile BUGNON, fondateur des « Coopératives de Lorraine », sous l’impulsion de Charles GIDE, pensait utiliser les coopératives scolaires pour pallier les insuffisances économiques. Barthélémy PROFIT, sans rejeter les idées de son collègue inspecteur, souhaitait leur donner une part d’autonomie par rapport à la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation. Il n’hésitait pas à parler de « cette petite république qu’est la coopérative ».
La Coopérative scolaire est une association d’élèves au service d’une éducation citoyenne, responsable et solidaire.
Barthélemy Profit : inventeur de la coopération à l’école
C’est Barthélemy Profit, Inspecteur primaire né le 11 février 1867 en Corrèze, qui le premier a mis en évidence l’intérêt pédagogique des coopératives scolaires (il en revendiquera d’ailleurs la paternité) en les faisant définitivement sortir des objectifs des mutuelles scolaires.
C’est d’ailleurs logiquement par la création de mutuelles scolaires dans les départements de l’Isère et du Puy de Dôme où, entre 1904 et 1909 il occupa ses premiers postes d’Inspecteur primaire, qu’a commencé son intérêt pour les coopératives scolaires.
A une époque où les lois de prévoyance sociale étaient à peu près inexistantes, il s‘est intéressé au sort familial des écoliers en même temps qu‘à l‘enseignement de la solidarité, et qu’il a fondé avec succès une vingtaine de Sociétés de Mutualité scolaire et post scolaire.
1 Ces expériences dans le domaine de la Mutualité scolaire et dans son enseignement l’amenèrent à écrire en 1911 un ouvrage qui fut couronné par l’Académie Française et l’Académie des Sciences Morales et Politiques :« La Mutualité nouvelle ».
2 Mais c’est particulièrement à partir de 1919 dans sa circonscription de Saint Jean d’Angély (il y restera jusqu’à sa retraite en 1929) qu’il s’est attaché au développement de la Coopération et des coopératives scolaires.
Dans ses ouvrages « La Coopération à l’école primaire »
3, « La Coopération scolaire française », « L’éducation mutuelle à l’école »
4 et au travers de la revue « L’école coopérative » qu’il fonda en 1925 et dirigea jusqu’en 1936, il dégagea les grandes lignes d’une pédagogie active.
Sans chercher à résumer en quelques lignes l’oeuvre de Barthélémy Profit, il est nécessaire, pour percevoir l’importance qu’il a tenu dans l’évolution de la Coopération scolaire de dégager quelques éléments caractéristiques de ses oeuvres.
La coopération valeur de référence de l’école
Réfutant l’autoritarisme parfois dictatorial des maîtres et la compétition entre les élèves il prône la solidarité, la coopération dans la construction des apprentissages et affirme que l’apprentissage de solidarité nécessite l’aide mutuelle.
Les racines de la coopération sont bien ancrées, il reste à leur donner un statut officiel.1928 voit la naissance d’un Office Central des Coopératives Scolaires devenu, en 1929, l’Office Central de la Coopération à l’Ecole. C’est une association nationale, régie par la loi de 1901, dont le président, le premier de l’O.C.C.E., est Emile BUGNON. Les successeurs de ces deux pionniers de la coopération scolaire savent allier ces deux tendances : l’entreprise de production marquée par l’initiation aux problèmes économiques et « l’école organisée socialement » en y ajoutant, avec l’apport de Célestin FREINET, une troisième dimension : la transformation de l’école traditionnelle en une école moderne où les valeurs pédagogiques prennent toute leur importance.
Pour la petite histoire, notons que la première « section départementale » adhérente de l’O.C.C.E. est celle de l’Indre et Loire, en 1930, suivie par la Seine, les Ardennes, la Creuse, l’Yonne, la Haute-Savoie et la Haute-Vienne.
En 1936, Jean ZAY, Ministre de l’Instruction Publique du Front Populaire, adresse aux instituteurs une circulaire pour recommander la coopération scolaire dans les classes primaires.
L’Office, qui comptait 45 « sections » en 1939, sort exsangue du second conflit mondial. Seuls, quelques départements réussissent à garder le contact. Mais l’intérêt pédagogique de la coopération scolaire n’échappe pas au Directeur de l’Enseignement du Premier Degré (M.BESLAIS) qui n’hésite pas à le rappeler dans une note du 1er avril 1945. Dès l’année suivante, une trentaine de sections se manifestent à nouveau. C’est un départ neuf.
Cahier de la coopérative scolaire de l'école de la Houssaye Béranger (76) Compte-rendu de l'élection du président, trésorier et secrétaire du mardi 20 janvier 1953
Pour ses 20 ans, en 1948, le congrès de Tours fait sienne la définition de Jean de SAINT-AUBERT :
« Dans l’enseignement public, les coopératives scolaires sont des sociétés d’élèves gérées par eux avec le concours des maîtres en vue d’activités communes. Inspirées par un idéal de progrès humain, elles ont pour but l’éducation morale, civique et intellectuelle des coopérateurs par la gestion de la société et le travail de ses membres. »
Cette définition a traversé les décennies, sans prendre une seule ride.
1957 voit la naissance de « AMIS-COOP », un journal destiné aux enfants, le pendant de la « Revue de la Coopération Scolaire » destinée aux adultes.
1961 sera marqué par l’organisation du premier congrès des jeunes coopérateurs. Au cours des années 60, par le biais d’échanges de jeunes et d’enseignants coopérateurs, l’O.C.C.E. prend une dimension internationale.
1968 : reconnaissance d’utilité publique de l’Office Central de la Coopération à l’Ecole.
1976 : création du bimestriel pédagogique « Animation & Education ». Il compte aujourd’hui, plus de 50.000 abonnés.
1978 déclaration : « La coopérative scolaire est une association d’enfants, d’adolescents et de membres de l’enseignement public, coopérant à l’entreprise éducative avec les parents, les femmes et les hommes qui constituent l’environnement social de l’école ».
En 1988, à Tours, l’Office Central de la Coopération à l’Ecole change de statuts et devient une Fédération. Les 101 associations départementales deviennent désormais des entités juridiques.
L’O.C.C.E. a l’agrément Education Nationale au titre des associations éducatives complémentaires de l’enseignement public (renouvelé en 1995 pour 5 ans) et a obtenu en 1992, auprès du Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, l’agrément au titre d’association de jeunesse et d’éducation populaire.
Ressources d’une coopérative scolaire
Les ressources sont assurées, en partie, par les cotisations versées, mais aussi par des ressources provenant d’activités générales (fêtes, ventes, expositions).
Dans les villes comme dans les campagnes, les élèves éditent leur journal, confectionnent des jouets en bois, en contreplaqué, s’adonnent à la reliure, à la linogravure, à la pyrogravure, etc…
Les activités d’une coopérative scolaire rurale sont multiples : les plantes médicinales, le jardinage, l’élevage, les pépinières. L’activité type est le ramassage des plantes médicinales qui présente un triple intérêt :
La récolte ne peut être rémunératrice que si les quantités récoltées sont suffisantes. Par espèce, un minimum de 50 kgs pour les plantes entières, 20 kgs pour les feuilles, 10 kgs pour les fleurs pétales.
Activités dépenses
Les activités dépenses ne sont pas moins variées : achat de matériel scolaire, de livres, de fournitures scolaires, entraide sociale, etc
Elles sont surtout utilisées pour l’organisation d’un voyage en fin d’année scolaire
Dans de nombreuses communes, la coopérative scolaire ne se limite pas à l’école. L’activité proprement scolaire de la coopérative se prolonge très souvent par une activité post et périscolaire. Les anciens coopérateurs continuent à apporter leur concours, s’organisent en amicale laïque, et ainsi l’école devient le centre intellectuel, artistique, en un mot culturel du village tout entier.